Archives par auteur: Julie Morel

Étudiante à l’École des Beaux-Arts de Lyon puis de Paris en section multimédia (atelier de C. Boltansky puis Tony Brown), elle participe ensuite au Master “Atelier de recherches interactives" aux Arts-Décoratifs. Son mémoire de DEA portait sur la poésie liée aux échecs du transcodage, à la lisibilité possible du code informatique dans les projets numériques ayant pour espace l’écran d’ordinateur. ("Coding/Transcoding/Decoding", sous la direction de JL Boissier).Julie Morel a présenté son travail dans de nombreux festivals et espaces d’art internationaux. Elle est membre du collectif incident.net depuis 1998. Chargée de cours Internet à l’école Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris de 2003 à 2005, elle est aujourd’hui enseignante multimédia à l’Ecole des Beaux-Arts de Lorient et artiste invitée à l’école des Beaux-Arts de Rennes (France). Artiste travaillant à partir des pratiques numériques, de la vidéo et du dessin, Julie Morel s’intéresse particulièrement au caractère sensible des technologies, couplage mémoire informatique/mémoire humaine, manques et accidents créés par le transcodage. Ses recherches sont souvent dirigées vers le texte, qu’elle envisage comme une image temporelle et dont elle se sert pour produire des vidéos linéaires et des générateurs de textes dyslexiques, bègue, transformant ainsi le regardeur en lecteur. Elle travaille aussi autour du concept de gen-narration (génération + narration), Dans ce cadre, elle fait souvent appel à des techniques de programmation simples (boucle, aléatoire, variation pour mettre à jour les diverses façons dont le programme et le message généré se connectent sur l’espace de projection qu’est l’écran, qu’elle considère comme un miroir déformant.

Spéculation

Inside the White Cube, Briant O Doherty
Chapître 3 – « Le contexte comme contenu »

« En exhibant l’effet du contexte de l’art sur l’art, l’effet du contenant sur le contenu, Duchamp mit au jour une aire artistique jusqu’alors inexplorée. Cette invention du contexte est à l’origine d’une succession de gestes qui vont « exploiter » l’idée de la galerie comme entité homogène offerte aux manipulations, à la mise esthétique. De ce moment date la perdition d’énergie qui affecte l’art au profit de son environnement. Avec le temps, la mythification de la galerie a crû en proportion inverse à la littéralisation de l’art.
Comme tout geste heureux, les 1200 sacs de charbon de Duchamp ont acquis après coup statut d’évidence. Les gestes sont l’une des catégories de l’invention. On ne peut les accomplir qu’une seule fois, à moins que tout le monde s’accorde pour les oublier. Le meilleur moyen d’oublier quelque chose est de l’assumer ; ce que nous assumons disparaît de notre horizon. Pour ce type d’invention qu’est le geste, c’est le brevet, beaucoup plus que le contenu formel (s’il y en a un) qui importe vraiment. Je pose que le contenu formel d’un geste est son à-propos, son économie, sa grâce. D’une pichenette, il expédie le taureau – l’histoire. Mais il a besoin de ce taureau, parce qu’il opère brutalement un complet changement de perspective sur tout un ensemble de partis pris et d’idées. C’est en cela qu’il est didactique, comme l’a dit Barbara Rose, quoique le mot exagère un peu la volonté d’enseigner. S’il enseigne en effet, c’est par l’ironie et l’épigramme, l’astuce et la provocation. Un geste vous ouvre les yeux. Son effet dépend du contexte d’idées qu’il transforme et met en relation. Il n’est peut-être pas art mais presque-art et il vit d’une presque-vie qui tourne autour et à propose de l’art. S’il rate, il demeurera une curiosité dans une bouteille de formol, si même on s’en souvient. S’il réussit, il entrera dans l’histoire et s’y dissoudra. Il ressuscitera l’orque le contexte, imitant celui dans lequel il est apparu, lui donnera une nouvelle « pertinence ». Etrange histoire que celle du geste, qui toujours s’évanouit et reprend vie.
Le geste de la transposition du sol au plafond peut être réédité désormais comme « projet ». Un geste peut être un « jeune » projet ; mais, plus démonstratif et épigrammatique, il spécule à risque sur l’avenir. Il attire l’attention sur des partis pris invérifiés, des contenus négligés, des failles de la logique historique. Les projets (de l’art à cours terme, destiné à des lieux et à des occasions spécifiques) posent le problème de la survie de l’éphémère – s’il survit. Archives et photographies défient l’imaginaire historique en lui présentant un art qui est déjà mort. Le processus historique est à la fois enrayé et facilité par le retrait de l’original, dont le caractère fictif augmente à mesure que sa vie posthume se fait de plus en plus concrète. Ce qu’on préserve et ce à quoi on permet de disparaître, voila ce qui produit l’idée de l’histoire. Cette forme de mémoire commune propre à chaque époque. Les projets non documentés peuvent survivre à titre de rumeur, et s’incorporer à la figure de celui qui est à leur origine, à charge pour lui d’élaborer un mythe convaincant. »
P99.

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Conversation

Cette semaine, je corresponds avec Karine Lebrun par le biais de son site internet, pour prolonger la recherche A.F.K. dont l’exposition éponyme à lieu à Bordeaux.
La conversation commence par ce billet :

Conversation avec Julie Morel du 14 au 30 avril 2014
Par karine, dimanche 13 avril 2014 à 14:41 :: Julie Morel

Ton exposition A.F.K (Away From Keyboard) a lieu en ce moment à Bordeaux.
Tu m’as dit qu’elle n’était qu’une étape. Qu’elle faisait partie d’un ensemble que tu projetais de mettre en œuvre en vue de matérialiser tes recherches en cours.
Même si une exposition peut se déployer en plusieurs temps, s’inscrivant dans une série, elle présente généralement des œuvres achevées. Ton projet semble différent et ouvrir l’espace d’exposition au processus de recherche dans sa dimension la plus incomplète, sans pour autant négliger la mise en forme de tes idées que tu livres ainsi au public de la galerie, mais en risquant aussi de décevoir un certain nombre de visiteurs.
La forme de ton projet résulte de l’observation qu’un objet, artistique ou non, fluctuant et/ou même flottant entre ces deux statuts, génère aujourd’hui plusieurs versions produites, diffusées et réceptionnées par toute la panoplie de l’appareillage numérique. Ce que tu expliques ici : http://incident.net/users/julie/wordpress/?p=6466
Je t’invite donc à partager et à poursuivre cette réflexion le temps de ton exposition.

A.F.K. – Photos de l’exposition

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1er espace, grand espace sur la rue :

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2e espace, petite salle côté cour :

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Entrée :

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Cette exposition n’aurait pas été possible sans l’aide et les discussions avec :
Camille De Singly & Elodie Goux, Étienne Cliquet, Keren Detton, Cécile Babiole, Karine Lebrun, Manuel Schmalstieg & Greyscale Press, Rodolphe Delcros, Ann Guillaume, Brigitte Mahon. Ainsi que : David Bideau pour sa version sonore de « Rio », Anne Gendrin pour son aide sur la traduction de « L’image-objet Post-Internet », ainsi que Léna Peyrard et Elsa Prudent – assistantes sur l’exposition.
Merci !

Entretien

Je viens de finir un entretien avec une super équipe composée de Camille de Singly, Rodolphe Delcros, Elodie Goux, Léna Peyrard et Elsa Prudent. Cet entretien prend la forme d’un dépliant de 30x30cm, et porte sur l’exposition qui ouvrira ces portes jeudi 3 avril à 19h à la Galerie 1, rue des Étables, Bordeaux. Il m’a permis de mettre des mots plus précis sur cette exposition et ces recherches en devenir, et de faire la synthèse sur ce qui a été déjà réalisé.
See you there, pour la distribution du dépliant et pour le vernissage !

Un envoi papier sera effectué pour cet entretien. Envoyez-moi un mail pour nous donnez votre adresse si vous voulez en recevoir un !

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A.F.K., suite

En vrac, pour mémoire, quelques photos de la semaine à Bordeaux. La galerie, repérage des lieux, quelques essais, et la conférence, et puis quelques croquis/images de ce qui vient. L’exposition s’assume de plus en plus comme une étape de travail. Un moment d’une réflexion en cours, matérialisé dans l’espace de la galerie.
Elle s’envisage plus comme le fait de révéler des « relations d’absences » que la mise en relation de différents éléments entre eux.
Les objets (ex)posés fonctionneront comme le fantôme dans le monde des archives*. Ils représentent les œuvres absentes, déplacées, et leurs formes traduisent littéralement le caractère de ces relations d’absences : obscures, en surimpression. Ils convoquent (à l’inverse d’une citation qui renverrait vers l’original), invitent à entrevoir les multiples versions, manquantes, auxquels ils sont déjà liés ou seront liés.
Des copies de ces fantômes, stockées dans le petit espace contigu à l’espace principal, seront destinées à être emportées, déplacées, à nouveau, hors de l’espace d’exposition.
La somme de toutes ces copies mises à disposition pourraient constituer une pièce en tant que telle. Une pièce inachevée, à prolonger devant son ordinateur, par des recherches sur Internet.

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* Fantôme
Dans le monde des Archives, on a coutume de laisser un morceau de papier à la place du document emprunté et monté en salle de lecture. Cette représentation de l’objet déplacé s’appelle un « fantôme ».

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Béton salon, atelier dans le cadre de Géographies variables

Quelques photos de l’atelier que j’ai fait avec mes étudiants de l’EESAB au Béton salon, encadrés par Nicolas Floc’h et moi-même, dans le cadre de le cadre du partenariat Géographies variables et le béton salon. L’atelier s’est déroulé sur quatre jours avec une restitution sous la forme d’une série de performances, lors d’une des sessions du samedi, dans l’exposition les Sécession Sessions d’Éric Beaudelaire, avec comme point de départ la pratique de Gela Patashuri (Without wall), sur une proposition de Mélanie Mermod.

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22 février 2014
The Secession Sessions est WithOut Wall
Une intervention du collectif WithOut Wall (Géorgie)

La création d’un État souverain est-il encore le seul moyen aujourd’hui de permettre à un peuple son émancipation et son autonomie ? De protéger et nourrir ses spécificités culturelles et ses traditions ? Comment définir une forme culturelle spécifique, et de surcroît, dans l’une des régions les plus riches ethniquement, telle que le Caucase ?

« The Secession Sessions » accueillent une autre institution tout aussi concrète qu’immatérielle de la région du Caucase à Bétonsalon : le WithOut Wall, basé à Tbilissi. Ce groupement ouvert et sans structure réelle, qui squatte un terrain dans la banlieue de la capitale géorgienne, développe des activités artistiques alternatives, à l’écart de l’idée de célébration d’une identité culturelle et des politiques artistiques soutenues par l’État Géorgien.

Fondé en 2011 par l’artiste Gela Patashuri, le projet WithOut Wall regroupe les artistes Giorgi Kobiashvili, Eduard Oganov, Mari Tipukhian, Sergo Zhornitski, Tamar Mdivani. WithOut Wall est un projet sans structure et sans toit dont les activités ont principalement lieu sur un terrain acquis en 2006 par le commissaire d’exposition Daniel Baumann pour y construire le Tbilisi Center for Contemporary Art (TCCA). Face aux manques d’opportunités offertes aux jeunes artistes à Tbilissi, WithOut Wall s’est constitué afin d’offrir un espace ouvert de recherche, de production, de développement de processus créatifs expérimentaux et de discussions. Quand il n’y a pas d’autre alternative, vous faites juste ce que vous voulez.

Cette session a été organisée sous la forme d’un workshop avec des étudiants de l’EESA Bretagne, en collaboration avec le programme de recherche « Géographies variables » dirigée par Julie Morel. Ce programme est soutenu par le Conseil scientifique de la recherche en art (MC).

Géographies variables est un programme de recherche de l’EESA Bretagne, d’une durée de trois ans qui réunit une vingtaine de praticiens (artistes, étudiants, critiques, commissaires, philosophes) et se structure autour d’un réseau de résidences d’artistes, voyages d’études, ateliers et conférences, présentations, démos….
 Géographies variables s’attache à questionner l’art en lien avec divers territoires physiques ou symboliques, quand le processus de travail est poussé dans ses retranchements : lors de conditions limites, ou dans des territoires ou environnements extrêmes.
Quelles formes et esthétiques volontairement non spectaculaires émergent dans des conditions extrêmes, comment y inscrit-on une pratique artistique, comment rendre compte de et en rendre compte dans ces conditions ?
Qu‘est-ce qu’un territoire extrême pour un artiste ? Quelles sont les possibilités de développer une pratique artistique dans des milieux où l’art semble absent, difficilement praticable, que ce soit pour des raisons d’implantations géographiques (art en zone climatique limite par exemple), des raisons sociales (conflits, crise économiques) ou culturelles (émergence d’une identité en marge) ?
Le programme se veut transdisciplinaire, une circulation à travers différents champs, matérialisée par un ensemble d’œuvres, de dispositifs et d’expositions qui jalonnent les étapes de la recherche. Une publication est prévue en 2015.

Direction Scientifique : Julie Morel. 
Praticiens impliqués : Catherine Rannou, collectif Hehe, Florent Perrier, Julie Morel, Annick Bureaud, Laurent Tixador, Marie Bette, Mélanie Bouteloup, Nicolas Floc’h, Nicolas Momein, Valentin Ferré & Capucine Vever. Programme soutenu par le Conseil scientifique de la recherche en art (MC).

Versions

Du latin versio, de vertō (faire tourner, devenir), qui signifie « changer ».
(wikipedia) Traduction d’une langue étrangère vers la langue maternelle du traducteur (par opposition à thème).
(l’internaute) Traduction d’un texte dans une autre langue.
(Larousse) Chacun des divers aspects que peut prendre un même texte selon des traditions ou dans des langues différentes.
(cnrtl) Étymol. et Hist. A. 1. a) 1548 « action de traduire un texte; résultat de cette action » (Th. Sebillet, Art poét. fr., éd. F. Gaiffe, p. 187: la version ou Traduction); b) 1610 (Deimier, Abr. Philos. de Gassendi, p. 256: la susdicte version des Pseaumes); c) 1625 la version des Septante (Naudé, Apologie pour les grands hommes, p. 108); d) 1629 (Peiresc, Lettres, t. 2, p. 121: une version en dialecte samaritain), aux xvieet xviies. s’emploie surtout à propos des textes sacrés, cf. Ac. 1718: ,,son plus grand usage est en parlant des anciennes traductions de l’Escriture« ; 2. a) 1718 (Ac.: Version, Se dit aussi Des traductions que les Écoliers font dans les Colleges); b) 1798 (Ac.: Version, se dit aussi des traductions que les Écoliers font dans les Colléges d’une Langue ancienne en leur propre Langue), v. thème; 3. 1831 « interprétation d’un fait » (Balzac, J.-C. en Flandre, p. 298); 4. a) 1878 « chacun des états d’un texte qui a subi des modifications » (Romania t. 1, p. 60); b) 1889 mus. (Bénédictins, Paléogr. mus., t. 2, p. 4); c) 1923 version cinégraphique « adaptation d’un roman ou d’une pièce au cinéma » (Livre d’Or de la Cinémat. en Fr. ds Giraud); d) 1925 (d’un film) sa version originale (C.M., p. 213, ibid.). B. 1824 « changement de position du fœtus » (Nysten). Empr. au lat. médiév.versio « changement, transformation » (ca 1270), « action de tourner, de retourner » (1446), « traduction » (ca 1580), v. Latham, dér. de versum supin de vertere « tourner, faire tourner, se tourner, changer, transformer » et « faire passer d’une langue dans une autre, traduire ».

Synonymes
Compte, histoire, interprétation, récit, traduction, variante

Version d’un logiciel (wikipédia)

Une version d’un logiciel correspond à un état donné de l’évolution d’un produit logiciel utilisant le versionnage. Selon le Grand dictionnaire terminologique, le versionnage (équivalent francophone de l’anglais versioning) est le mécanisme qui consiste à conserver la version d’une entité logicielle quelconque, de façon à pouvoir la retrouver facilement, même après l’apparition et la mise en place de versions plus récentes.

Une version de logiciel est le plus souvent associée à une numérotation qui permet de l’identifier, voire dans certains cas à un nom symbolique.
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Q: La différence entre une version et un reprise/remake ?
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…. « Synthetic Performances » sur Second Life, de Eva et Franco Mattes / un reenactment de « Shoot », de Chris Burden.

Magik mug

Reçue aujourd’hui, la magik mug commandée sur internet.
Une magik mug est une tasse customisée que l’on trouve sur les sites d’impression photo. La tasse, c’est un pur produit de la culture internet, c’est l’objet présent sur chaque table, à côté de l’ordinateur connecté.
Lamagik mug, de couleur noir au départ, révèle son image lorsqu’on verse un liquide chaud dedans.
C’est un test pour le projet AFK et je me demande si cela ne serait pas possiblement le seul objet présent dans l’espace d’exposition.. (comme test, j’ai fais faire une tasse avec un écran TV de Chris Burden).
On devine un peu l’image imprimé en monochrome noir sur le fond noir, et si au premier coup d’œil cela me dérangeait, après réflexion je me dis que ce pourrait être une contrainte de travail intéressante.
Le résultat lorsque l’on met un liquide est par contre vraiment impressionnant.

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Remake

Un superbe mémoire de DNSEP par Raphaële Bezin, étudiante à Cergy.

Extrait de la vidéo… Mon passage préféré car il tombe aux moments même de certains questionnements abordés par l’exposition « A.F.K », à venir – à savoir est-ce qu’une pratique post-internet art est un simple prolongement, une simple accélération du détournement/filiation ou bien est-ce que ce paradigme est complétement remis en cause par le flux et le caractère discret du numérique – ce que je crois finalement

« Claude Levi-Strauss : les artistes bricoleurs se retrouvent face à ensemble d’objets hétéroclites qu’ils interrogent pour comprendre et imaginer ce que chacun d’eux pourrait signifier. Chaque élément représente un ensemble de relations à la fois concrètes et virtuelles, ce sont des opérateurs. La particularité de ces objets est qu’ils ont déjà servis et les possibilités de leur ré-emploi demeurent toujours limitées par ce qui subsiste en eux de cette histoire passée. Leur usage originel fait d’eux des éléments pré-contraints et ouvrés ; ils ont donc été travaillés par un précédent auteur qui leur a attribué une signification précise et soumise à l’œuvre qu’il réalisait. Le second auteur s’affairera ainsi à démonter cet ensemble de signification afin d’en créer de nouvelles.
Yann Beauvais et J-M Bouhour confirment, les deux lois fondamentales de détournement sont :
– la perte d’importance allant jusqu’à la déperdition du sens premier de chaque élément autonome détourné,
et en même temps
– l’organisation d’un nouvel ensemble signifiant qui confère à chaque élément sa nouvelle portée. »

 

Notes pour A.F.K.

Away
From
Keyboard
Notes pour l’ensemble du projet en devenir, et pour l’exposition A.F.K.

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Prologue.

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En 1973, Chris Burden réalise une performance : Throught the Night Soflty, où il rampe sur une route scintillante d’éclats de verre. Cette performance est filmée et devient une œuvre vidéo. Dans la soirée du 5 novembre 1973, la vidéo est diffusée lors d’une pause publicitaire sur Channel 9 – Los Angeles, sous le nom TV Ad. Elle devient une œuvre-dispositif. Le 24 nov. 2008, « gaston2511 », utilisateur de YouTube, met en ligne une version de TV Ad commentée par Chris Burden, copie appartenant à la collection du Centre Pompidou. Le 5 novembre 2013, une carte postale, commande des éditions Ultra pour leur collection « Save the Date », contribue à la circulation de la première image de cette vidéo présente sur YouTube.

J’ai produit cette carte postale. Je suis née dans la soirée du 5 novembre 1973, quelques minutes après la diffusion de TV Ad.

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Dans le monde des Archives, on a coutume de laisser un morceau de papier à la place du document emprunté et monté en salle de lecture. Cette représentation de l’objet déplacé s’appelle un « fantôme ».

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AFK, acronyme de « Away From Keyboard » – loin du clavier – renvoie aux pratiques des jeux en ligne, et à ces moments où les participants s’éloignent de l’interface qui les relie aux autres. C’est un message textuel que l’on laisse pour signifier son absence.

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J’ai choisi le terme AFK comme titre pour une recherche en cours, à explorer plastiquement dans une série de propositions et d’expositions.
Dans ce contexte, AFK s’utilise et se comprend comme une analogie : entre ce message textuel que l’on laisse pour signifier son absence aux internautes et une condition des objets* produits dans le cadre d’une pratique artistique après l’émergence d’internet** .
Cette condition découle du fait qu’aujourd’hui un objet est dans la majorité des cas produit et réceptionné par le biais d’un ordinateur, et en conséquence appelé à générer plusieurs versions, cela dans différents supports et médiums.
Ces nouvelles versions, qui prolongent et/où remplacent l’objet précédent, sont créées par l’artiste lui-même, ou par d’autres artistes ; elles sont parfois reprises/transformées/diffusées par des non-artistes et plus tard à nouveau utilisées par des artistes, comme dans le cas des différentes versions et reprises de Through the Night Soflty.
En résumé : si la question de la filiation en art a toujours existé, un objet post-internet existe pratiquement toujours en flux entre ses multiples représentations.
Le flux annule la hiérarchie  et il semblerait qu’après internet la matrice d’un objet - l’original - n’ai pas plus d’importance que les versions qui la suivent. Cela présente des avantages et des inconvénients, qu’il faut garder à l’esprit… Comment envisager et façonner une pratique dans ces conditions ?

Si le flux rend l’objet fluctuant, « reprisé », on pourrait par contre postuler qu’une œuvre contient toujours une version inAbsentia*** d’un ou plusieurs objets produits précédemment, mais pourquoi pas aussi une version inAbsentia d’un ou plusieurs objets potentiellement à venir. Une sorte de « blue print » ou code source invisible contenus dans l’objet en cours, qui marquerait sa substance****.
A.FK. s’attache à explorer cette relation versions-flux-absence selon ces deux directions :
– Envisager une pratique avec tout un système de versions antécédentes : comment exposer le lien entre toutes les occurrences d’une même pièce/document (par exemple le pdf et sa lecture performée, le site internet et sa présentation dans l’espace sous la forme d’une installation, ou à l’inverse, la version d’une œuvre mise en ligne, etc..).
Une présence par l’absence même.
– Envisager une pratique liée à un système inexistant : œuvres potentielles encore non réalisées, à venir, mais aussi des œuvres inachevées, perdues, illisibles, où l’on ‘ »trouve dans la disparition une forme idéale ».
Une présence par l’inexistence même.

L’exposition en Mars à Bordeaux s’envisage donc plus comme le fait de révéler des « relations d’absences » que d’une mise en relation de différents éléments entre eux.
Les éléments que j’utilise peuvent être des objets récupérés ou façonnés, sites internet, livres, dessins, créations sonores…
Pour le moment, j’explore :
– les relations absentes entre internet, le web profond et le Darkweb,
– les passages du caractère discret***** de Photoshop au dessin à la main,
– les travaux de cheveux du 19ème et la typographie,
– la sélection (ou pas) de contenus en ligne à effectuer pour une publications à la demande,
– l’index d’une bibliothèque personnelle (playlist moderne faisant retour à une époque pré-révolutionnaire où les bibliothèques étaient des collections individuelles),
– une interview de Bruce Lee (sur les différents états de l’eau, le fameux « be water my friend »).

Pour la proposition suivante, j’aimerai une restitution sous plusieurs formes complémentaires : une exposition + une édition + site internet.
Quelques textes qui constituent des points de départ :
Les unités perdues, Henri Lefebvre
• Aux éditions Greyscale (http://greyscalepress.com/) :
Data Hammer, Kim Xupei
Report from the Desert, Anonymous
In conversations with Julian Assange, Hans-Ulrich Obrist
Artistes sans œuvre, I would prefer not too, Jean-Yves Jouannais
• Travail de traduction du texte Image-Objet Post-Internet, Artie Vierkant

 

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* J’utilise ici le mot objet pour toute production artistique, matérielle ou non.
** Condition qui fait écho au mouvement Post-internet Art, expression employée entre autre par Marisa Olson, Gene McHugh, Artie Virkant, ou encore Lev Manovitch pour expliquer les nouvelles conditions de pratiques artistiques à l’ère des digital natives.
*** « En l’absence (de la personne intéressée; de ce qui est concerné) ». Anton. in praesentia. In Absentia est principalement utilisé dans le contexte de la linguistique, pour marquer un rapport entre les mots qui existe virtuellement dans la tête du locuteur ou du lecteur : « Le rapport syntagmatique est in praesentia : il repose sur deux ou plusieurs termes également présents dans une série effective. Au contraire le rapport associatif unit des termes in absentia dans une série mnémonique virtuelle » (Saussure, Ling. gén.,1916, p. 171).
**** La substance, dans le sens ontologique du terme, désigne ce qu’il y a « en dessous », ce qui est permanent dans les choses qui changent. Les substances peuvent être traitées comme ayant des attributs et des modes, ce qui aident à expliquer les transitions entre états : par exemple le lien qui perdure entre eau et glace. On pourrait citer cette matérialisation plastique dans la dernière exposition de Pierre Huyghe.***** Dans le sens mathématique du mot, soit : distinct, discontinu.

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AFK. Des catalogues raisonnés de l’absence

 

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Extrait des Unités perdues :
 » To S.A. », initiales d’un nom perdu, en dédicace de The Seven Pillars of Wisdom, de T.E. Lawrence –

et aussi :
 » Dorothy Parker a été incinérée en 1967 (l’épitaphe suggérée par Dottie « pardon pour la poussière ») ; l’urne est restée aux pompes funèbres jusqu’en 1973, date à laquelle elle atterrit chez le notaire qui la remisa dans un tiroir, où on l’oublia jusqu’en 1988 – Après vingt esquisses, Pablo Picasso renonce à faire le portrait d’Helena Rubinstein – Le récit érotique Histoire d’une fille de Vienne racontée par elle-même (1906) est signé du pseudonyme Josefine Mutzenbacher ; l’hypothèse fut avancée qu’il s’agissait de l’auteur de Bambi (1929), mais les preuves manquent – Jules Verne détruit toutes ses archives personnelles avant de mourir ; il craignait, semble-t-il, que soient révélés après sa mort, ses penchants homosexuels et anarchistes – Le père d’Egon Schiele, chef de gare à Tulln, mit le feu, un jour de colère, à tous les dessins de son fils représentant des voitures de chemin de fer – Pendant la crise de 1929, Howard Fast s’installe dans le Sud des États-Unis ; de cette expérience il tire six romans, en détruit cinq, publie le sixième à moins de 19 ans, Two Valleys – En 1940 la Gestapo met à sac l’appartement parisien de Saint-John Perse et détruit ses manuscrits – Chemin de Sèvres de Corot, disparu du Louvre en 1998, n’a jamais été retrouvé – En 1945 le photographe japonais Koji Inoué, sourd, perd ses négatifs dans un bombardement qu’il n’a pas entendu – James Joyce et John Milton ont écrit leurs chefs-d’œuvre en perdant la vue, Finnegan’s wake et Paradise Lost – La première Nana de Niki de Saint Phalle ; introuvable depuis sa mise en dépôt au Centre Georges-Pompidou, détruite sans doute par inadvertance »…

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Le premier chapître D’artistes sans œuvres s’appelle : « Publier ou non son cerveau »…

TPB AFK

Cet après-midi, alors que je parlais avec Étienne de mon projet AFK, il m’a demandé si cela avait un rapport avec le film sur The Pirate Bay.
Je lui ai répondu que non, le titre venant d’une chanson de Pinback (Summer in Abandon, 2004), que j’aime particulièrement. J’ai adopté ce terme au fil du temps pour l’utiliser comme une analogie : entre ce message textuel que l’on laisse pour signifier son absence aux autres joueurs/internautes et une potentielle version (ou une version inAbsentia) d’une œuvre en ligne, et donc par extension toute potentielle occurrence d’une pièce/document dans un autre médium que celui de départ (le pdf et sa lecture performée, le site internet et sa présentation IRL sous la forme d’une installation, etc..).
Comme je connaissais pas ce documentaire sur le procès fait à TPB, et je l’ai donc regardé. Il est visible ici… Le titre est en effet tiré d’une discussion, un peu après la 9ème minute du film, autour des notions de IRL (In Real Life) versus AFK (Away From Keyboard).

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Rural Studio, Alabama

Je suis à présent dans l’Alabama, à côté de Greensboro, à Newbern exactement, dans le comté de Hale, pour visiter Rural Studio avec Catherine Rannou et Marion, Nicolas et Morgane.
Une nouvelle étape de ce voyage, toute aussi passionnante que la Nouvelle Orléans mais aussi complètement différente, si ce n’est qu’ici aussi, les questions de communautés, constructions sociales et fédération d’énergies positives sont à l’œuvre et pratiquées concrètement et quotidiennement. Le projet incroyable de Rural Studio parait idéal et je pourrais en parler des heures avec enthousiasme. J’ai hâte de commencer la publication Géographies variables, et rendre compte de tout cela en images et en textes, de faire des liens avec les différentes branches du projet de recherche. Une chose à mettre en place à mon retour en France que j’anticipe avec plaisir.

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2nd Line, Nouvelle Orléans

Arrivés (Marion, Morgane et Nicolas, étudiants à l’EESAB, Mélanie Bouteloup et moi-même) à la Nouvelle Orléans la semaine dernière pour le voyage que nous faisons dans le cadre de Géographies variables, mon projet de recherche à l’EESAB.
Peu de temps pour se poser devant l’ordinateur pour raconter les différentes visites, rencontres et expériences tant elles sont nombreuses et prenantes… Quelques images tout de même de la parade de 2nd ligne que nous avons suivie le week-end dernier, 5 heure de danse à travers les rues de la Nouvelle Orléans, jusqu’au 9th Ward, avec une pause hot sausage + drinks près de la House of Danse and Feathers.
(Images en noir et blanc car mon appareil se bloque sur ce paramètre, malgré le manque de couleurs, j’espère qu’elles rendent suffisamment l’énergie positive qui déborde de la parade et des gens qui la constituent).

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Et pour voir d’autre photos en couleurs sur le Facebook d’un des Social clubs…

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… Dans quelques jours, départ pour Rural Studio, à Newbern, Alabama !

Sixième Congrès du CIPAC – les 27, 28 et 29 novembre 2013, Lyon

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J’interviendrai jeudi 28 novembre lors d’une table ronde organisée par la CIPAC, dans le cadre du congrès qui porte le nom  « Nécessités de l’art ».

Table ronde : nouvelles conditions à l’ère du numérique. Jeudi 28 novembre, 14h30-16h30
Amphithéâtre de l’ENSBA,

Les Subsistances
8 bis Quai Saint Vincent
69001 Lyon

« Les nouveaux médias permettent d’inventer de nouvelles formes de transmission, d’accompagner les publics, voire de créer des publics spécifiques dans l’espace numérique. Ils facilitent l’accès à la connaissance, le partage de ressources, l’échange d’informations, la visibilité des œuvres et accompagnent la mobilité des artistes. Les champs de compétences des lieux et réseaux de diffusion de l’art contemporain peuvent être augmentés par ces outils dans le but de valoriser les projets artistiques. Les intervenants présenteront quelques potentiels d’évolution des missions de médiation, de communication, de documentation, de recherche, d’édition, induits par l’usage adapté de moyens numériques. »

Une table conçue avec le réseau Documents d’artistes.
Modération par David-Olivier Lartigaud, artiste et chercheur.
Avec :
Madame la vice présidente du Grand Lyon, chargée des industries créatives et des évènements culturels métropolitains
Gonzague Gauthier, chargé des projets numériques au Centre Georges Pompidou, Paris et consultant indépendant
Julie Morel, artiste, membre du collectif incident.net
Alice Vergara, chargée des Études à l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême – Poitiers
Yann Sérandour, artiste et enseignant-chercheur en arts plastiques à l’université Rennes 2
.
Le Congrès du CIPAC constitue un rendez-vous fédérateur et transversal pour les professionnels des arts visuels. Il permet de discuter, d’échanger avec une multitude d’acteurs concernés par la présence de l’art contemporain dans notre entourage.
Centré sur la question des Nécessités de l’art, le Congrès est le moment où s’énoncent les projets en cours et futurs, et où l’on rappelle en quoi l’art est nécessaire à la société et à chaque individu.
http://cipac.net

Save the Date

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LeWittPostcard

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Cette semaine je suis dans les cartes postales. Les verso.
Celle reçue il y a un mois qui m’a fait me balader hier au Louvre (la salle Chardin est fermée au public ; à la place je suis allée voir le travail d’Ingres puis boire un thé chez Angelina pour finir Méridien de sang, un drôle de contraste – ou pas).
Et dans quelques fragments de recherche pour une proposition (18×13) pour les éditions Ultra, qui s’inscrira dans « Save the Date », série de carte postale confiée à des artistes.
J’y revisiterai le générique de TV Ad (projet qui diffuse la performance Through the Night Softly) de Chris Burden. Ce film, qui me hante, a été diffusé pour la première fois il y a 40 ans jour pour jour : le 5 novembre 1973, le jour de ma naissance.

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Tous les matins de cette semaine, je descends voir si le livre Artists’ Postcards: A Compendium, de Jeremy Cooper, est arrivé ! Ce livre – malgré son hideuse couverture (tiens je ne sais pas quoi mettre, je vais tout mettre) regroupe 300 pages de cartes postales plus intéressantes les unes que les autres, avec des cartes de George Grosz, Bruce Nauman, Sol Lewitt, David Hockney, Richard Hamilton, Susan Hiller, Joseph Beuys, Dieter Roth, Gordon Matta-Clark, Tacita Dean, Gilbert & George, Ray Johnson, Rachel Whiteread…

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Auto-archive

Des photos du livre Auto-archive (livre d’artistes conçu avec Marie Daubert, Gwenola Wagon, Karine Lebrun, Reynald Drouhin et Dominique Moulon) reçu vendredi : il est super bien, il est super beau !

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Auto-Archive.
Édition de l’École européenne Supérieure d’art de Bretagne.
160 pages, (96 pages couleur, 32 pages bichromie, 32 pages noir et blanc).
ISBN : 978-2-9519868-8-6
Prix : 18€
Distribution EESAB

Pratiques éditoriales et Nouvelle Orléans

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Entre l’exposition Love au Centre Pompidou et la sortie du livre Auto-archive, peu de temps pour parler de cette rentrée aux beaux-arts de Lorient, pourtant riche en nouveaux projets. Un résumé de ce qui se met en place ou se prolonge :
– Géographies variables est devenu un projet de recherche soutenu par le Ministère de la culture, cela après 4 ans de résidences autonomes à l’école, qui ont vues passer Art of Failure, Cécile Martin, Antonin Fourneau, Sandra Lachance, Pierre Luc Lapointe, Fossile, Laurent Tixador, Valentin Ferré et Capucine Vever, Catherine Rannou, Marie Bette et Nicolas Momein.. C’est une bonne chose car cela annonce, je l’espère, une pérennisation d’un programme qui a permis à l’école de se singulariser avec un vrais projet à long terme, et de dynamiser les échanges entre étudiants et artistes invités, sur des périodes longues avec un travail de fond (et non pas seulement sur des workshops de 2 à 4 jours ou la tension est certes intéressante mais la réflexion parfois succincte…).
Le projet s’articule, autour des résidences, en diverses occurrences : ateliers, conférences, temps de partages, voyages… C’est dans ce cadre que je partirai en décembre à la Nouvelle Orléans avec 3 étudiants, pour rencontrer divers personnes (sociologues, architectes, artistes) impliquées dans la vie louisiannaise (où j’ai des connexions familiales et où, adolescente, j’ai passé mes vacances ; ), et qui nous donneront leurs points de vus sur la reconstruction matérielle et symbolique de la ville. Ces témoignages nous serviront comme base pour une réflexion et une production dans le cadre du projet.
– Enfin, suite au cours « Dispositif » que j’anime depuis 3 ans maintenant et qui explorait, avec les étudiants, l’exposition comme une pratique artistique liées à un montage éditoriale (qui fait écho à ma participation au collectif « Le sans titre » dont je parlerai lors d’un prochain article), je prends part à un atelier commun commun avec Yannick Liron autour des pratiques éditoriales. J’ai soumis à l’école cette synthèse qui me parait bien résumer les différents axes de recherches que nous développerons cette année.

En guise d’introduction, quelques réflexions qui m’ont parues importantes lors de la rédaction de cette proposition :
> Ce nouvel atelier ne peut se faire sur une base de classement par media ou par disciplines établies (toute recherche étant par essence transdisciplinaire et puisant dans divers champs). Il s’agit donc de trouver un cadre de recherche sous la forme d’un point de vue critique.
> Le cadre mis en place doit proposer aux étudiants en art et en communication de s’engager dans un projet de fond dans lequel ils puissent se retrouver. Ce sont les acteurs de mention, ils doivent être au cœur de cette proposition et pouvoir s’identifier à celle-ci.
> Les intitulés « pratiques éditoriales », et plus encore « édition », restent des termes ambigus : porteur de plusieurs sens pour l’un, et radicalement fermé et peu inclusif pour l’autre. Il est en revanche intéressant de s’intéresser à l’origine de ces deux mots – le verbe éditer, qui ouvre une perspective pour les artistes et étudiants en art, et une analogie plus claire dans monde de l’art.

 

Le terme Éditer rassemble en français deux sens (que l’on retrouve en anglais sous les verbes « edit » et « publish »).
Le premier s’entend comme l’action d’agencer et de traiter de contenus liés à différents médias – du texte à l’image en passant par le son – et donc de les mettre en récit, cela quels qu’en soit les modes de diffusion.
Le deuxième sens s’attache à la diffusion de publications dans un mouvement de partage et d’ouverture vers l’extérieur.
Mettre en forme un contenu et l’ouvrir à un public, voilà donc ce qui sous-tend dans ce mot. Cette ouverture permet différentes directions de travail :

– Le commissariat d’exposition
Le commissariat peut être pris sous un certain angle : là ou les mots montage/monter et éditer se rencontrent. Envisagés ainsi, les différents acteurs de ce contexte (artiste, curateur, critique) peuvent se faire les éditeurs de l’espace d’exposition, pris en tant qu’espace à expérimenter,
dispositif à déjouer, et contenus – texte/image/volume – à faire dialoguer.
> Ex :
– « Images empruntées : l’artiste comme éditeur », Journée de colloque au Frac Toulouse (2013).
– « Les fleurs américaines », exposition au Plateau (2013) par Elodie Royer et Yoann Gourmel
– « Multiplier-médiatiser », exposition d’Antoni Muntadas (Cneai, 2000)
– « Abstractions sentimentales et quelques éditions », exposition collective au Cneai (2011)
– « This is Tomorow », exposition de The Independant Group (ICA, 1956)

– L’édition envisagée comme espace d’exposition :
À l’inverse, l’édition (dans son sens large) peut être vue comme un espace d’exposition, et/ou comme outil d’un processus artistique, et non pas uniquement comme moyen de diffusion d’un travail terminé, d’un évènement qui lui serait extérieur. Il est à traiter comme espace prédéfini, à investir. L’artiste devient éditeur, dans « un rôle comparable à celui du commissaire d’exposition ».
Cette entrée permet de multiples occurrences vers la narration, le récit, la littérature, le documentaire, l’archive, certaines formes d’esthétique, etc.
> Ex :
– « Suite pour exposition(s) et publication(s) », Cycles d’expositions satellites au Jeu de Paumes
(2012)
– Christophe Lemaitre & Aurélien Mole, « Post document » (Cneai 2010)
– « Les espaces d’exposition imprimés », Marie de Boüard dans « L’Esthétique du livre » (2010)

– Le livre d’artiste
Paradigme intéressant car il prend l’objet imprimé, ou tout autre mode de publication (édition numérique, éphémèra, affiche, fanzine, publication à la demande) comme support d’un projet de recherche artistique.
Il évite souvent les effets de normalisation inérant au codex, à la pensée linéaire, la narration illustrative, la mise en page standardisée, la rigidité monolithique du livre classique. Sa forme est au service du projet, ou la forme constitue elle-même, de façon tautologique, le projet.
> Ex :
– Guy Debord & Asger Jorn, « Mémoires » (1959)
– William Gibson, « Agrippa, Book of the Dead » (1992)
– Anne Moeglin-Delcroix, « Esthétique du livre d’artiste » (1997)
– Guillaume Constantin, « Sans titre » (Fac similé rouge), (2004)

– Le document comme moyen de diffusion d’un projet artistique :
Il s’agirait ici de prolonger l’existence d’un projet artistique sous la forme d’un document, d’en proposer une extension, voir de le rejouer.
Les principales questions à l’œuvre sont celles de la justesse de la transcription et de la diffusion, ainsi que la prise en compte de la forme des objets de départ et du document choisi comme extension. Cette extension propose d’abstraire une ou plusieurs œuvres par le biais de media utilisant le langage et le signe. En découle une distance critique et un nouvel objet réflexif.
– Raphaël Zarka, « Free Ride » (2011)
– Edward Ruscha, « Twentysix Gasoline Stations » (1959)
– « Beyond the Dust – Artists’ Documents Today », Roma Publication/Fondation Ricard (2011)

– Les pratiques émergentes liées à l’hybridation papier + numérique
Les publications imprimées traversent une phase de mutation profonde, en grande partie liée au fait que les écrans remplacent progressivement l’imprimé. L’écran engage une relation plus « rhizomatique » aux contenus, ainsi qu’une certaine fragmentation, l’accessibilité et la réutilisation des contenus. Pourtant, pour certains artistes, le print et le numérique vont de pair, voir même leur rencontre produit de nouveaux types d’esthétiques et de pensées.
Je renvoie notamment à la notion de Post-Internet et aux écrits d’Artie Vierkant « The Image Object Post-Internet » et autres projets d’expositions et de publications « Post-internet Survival Guide ».
> Ex :
– Benjamin Gaulon, « KindleGlitcher »
– Alessandro Ludovico, « Publier à l’ère du numérique »
– Alexandre Leray, « Flatland », et <stdin>
– Katja Novitskova, « Post-internet survival guide »

Je propose aujourd’hui un atelier aux étudiants de 5ème année qui s’intitule « dispositif » ; j’en rappelle ici l’intention :
Toute œuvre d’art est ou fait appel à un dispositif. La racine du mot dispositif vient de « préparer », « envisager », et disposer veut dire choisir. À en croire la terminologie de ces mots, on pourrait être optimiste sur ce qu’est un dispositif et sa partie prenante dans la création.
À la lecture de Michel Foucault et de Giorgio Agamben, on s’aperçoit vite qu’un dispositif n’est pas aussi réjouissant que l’on pourrait le croire :
« J’appelle dispositif tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. Pas seulement les prisons donc, les asiles, le panoptikon, les écoles, la confession, les usines, les disciplines, les mesures juridiques, dont l’articulation avec le pouvoir est en un sens évidente, mais aussi, le stylo, l’écriture, la littérature, la philosophie, l’agriculture, la cigarette, la navigation, les ordinateurs, les téléphones portables et pourquoi pas, le langage lui-même, peut-être le plus ancien dispositif […] ».
(Giorgio Agamben, Qu’est-ce qu’un dispositif ?)
Au-delà de toute contingence morale, ce qui ressort et qui peut être intéressant comme terrain de jeu et de questionnement pour un étudiant en art, est le fait d’envisager la question du dispositif sous l’angle du rapport de force et, par extension, l’exposition comme un rapport de forces, ou comme un mode relationnel.
L’étudiant aura à charge de subjectiver cette question, par des recherches plastiques ou théoriques : il devra, en évitant une approche binaire, s’attacher à identifier ce qu’est un rapport de force dans le contexte de l’art et du graphisme.
Il lui faudra se demander : entre qui ? quoi ? dans quel but ? sous quelle forme ? et comment composer avec un processus qui sans cesse se joue de nous ? … car il faut bien aussi poser cette évidence : nous ne sommes pas dans la maîtrise du dispositif. Lui aussi nous met à l’épreuve, au moment même ou nous le mettons en place.
Cette année, cet atelier tente d’interroger la norme de présentation et de critique d’un travail d’étudiants, en prenant appui sur des actions de présentations : démos, lectures et conférences performées, manipulations d’objets, mises en espace et dispositifs à utiliser.
Une des entrées de cet atelier est donc l’outil ou les outils (à ne pas confondre avec médium), et leur manipulation comme déclencheur de la formalisation et l’autonomie d’une pensée, au même titre que l’énoncé.
Dans les écoles d’art les outils restent tabous et impensés, ils font pourtant partie de notre pratique quotidienne, et de notre culture au même titre que les images, les sons et les objets. Ils sont des révélateurs important de nos pratiques, intentions et réalisations.

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AFK est le nom que j’ai choisis pour mon prochain projet, que je réaliserai en collaboration avec Camille de Singly et Élodie Goux à la galerie 1 rue des étables, en face des beaux-arts de Bordeaux….
Un terme que j’affectionne particulièrement ; il m’envoie toujours dans une zone étrange : où l’absence est signalée textuellement (dans les archives, on parlerait de fantôme – cette note laissée à la place d’un document emprunté), et compte comme présence. Il me renvoie aussi à pleins de souvenirs, notamment ceux liés à un autre projet, appelé sans interfaces, une période à laquelle je pense souvent ces derniers temps.

AFK, un terme de joueur, un signe qui parle de l’absence qui me fait penser à une belle et étrange carte anonyme reçue cette semaine. Dans 15 jours c’est mon anniversaire et le vendredi matin, j’irais voir cette toile.

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EVOL, un fanzine pour l’exposition « Love », Centre Pompidou

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Quelques photos de la maquette (en cours) du fanzine EVOL, journal de l’exposition « Love » qui ouvre samedi au Studio 1316 du Centre Pompidou. Toutes les pages seront affichées sur l’un des murs de la salle d’expo et 500 exemplaires N&B seront produits pour une distribution pendant la durée de l’exposition.
Dans l’édito on peut y lire :
Des citations issues d’ouvrages de la BPI et de la vidéo « A Thousand Lovesongs » présentée dans la vitrine du Studio 13/16, des projets ou mots d’artistes de toutes les époques… Tous ces fragments s’organisent en rapprochements ou oppositions, traçant des liens pour constituer le fanzine EVOL.
EVOL est un journal consacré à l’amour – de la chanson d’amour à l’amour de l’art. Clin d’œil à un album de Sonic Youth, son titre forme avec le titre de l’exposition, un palindrome. Sa sonorité tire vers le mot anglais Evil * et donne le ton.
EVOL est un objet en train de se faire, à assembler comme on veut : toutes les pages, seulement celles que l’on aime ou que l’on aime pas, dans l’ordre ou le désordre… Ou encore à placarder sur son mur, version posters. Un fanzine à augmenter, seul ou à plusieurs, lors du vernissage et des ateliers de l’exposition LOVE. Mais surtout, un journal à emporter, à partager.
Ces expérimentations sont complétées par des pages d’informations sur les artistes et les pièces qu’ils exposent, et EVOL devient alors le catalogue, la trace de l’exposition.

Ce journal regroupe donc des propositions que j’ai créées pour l’exposition mais aussi des propositions existantes d’artistes dont j’aime le travail et qui ont accepté de participer à cette petite aventure. Et puis je suis contente de compter deux des mes anciens étudiants parmi eux : leurs travaux valent le détour.
Merci à David Bideau, Soazic Bruneau, David Michael Clarke, Jeff Guess, David Shrigley et Boris Tissot de m’avoir prêté leurs images et projets.

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Et puis pour finir, une image de la carte du Tendre, montée aujourd’hui par les techniciens du centre, et du montage en cours du fanzine dans l’espace d’exposition…
Pour la carte du Tendre, il en existe 2 versions : une dans le fanzine, sous nom de « Oblivion, carte du dur » et l’autre « Tendre », un grand format qui accueille les visiteurs à l’entrée de l’exposition.
Enfin, les posters édités par le Centre Pompidou sont arrivés !

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