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Recherches relatives à aux pojets

Magik mug

Reçue aujourd’hui, la magik mug commandée sur internet.
Une magik mug est une tasse customisée que l’on trouve sur les sites d’impression photo. La tasse, c’est un pur produit de la culture internet, c’est l’objet présent sur chaque table, à côté de l’ordinateur connecté.
Lamagik mug, de couleur noir au départ, révèle son image lorsqu’on verse un liquide chaud dedans.
C’est un test pour le projet AFK et je me demande si cela ne serait pas possiblement le seul objet présent dans l’espace d’exposition.. (comme test, j’ai fais faire une tasse avec un écran TV de Chris Burden).
On devine un peu l’image imprimé en monochrome noir sur le fond noir, et si au premier coup d’œil cela me dérangeait, après réflexion je me dis que ce pourrait être une contrainte de travail intéressante.
Le résultat lorsque l’on met un liquide est par contre vraiment impressionnant.

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Remake

Un superbe mémoire de DNSEP par Raphaële Bezin, étudiante à Cergy.

Extrait de la vidéo… Mon passage préféré car il tombe aux moments même de certains questionnements abordés par l’exposition « A.F.K », à venir – à savoir est-ce qu’une pratique post-internet art est un simple prolongement, une simple accélération du détournement/filiation ou bien est-ce que ce paradigme est complétement remis en cause par le flux et le caractère discret du numérique – ce que je crois finalement

« Claude Levi-Strauss : les artistes bricoleurs se retrouvent face à ensemble d’objets hétéroclites qu’ils interrogent pour comprendre et imaginer ce que chacun d’eux pourrait signifier. Chaque élément représente un ensemble de relations à la fois concrètes et virtuelles, ce sont des opérateurs. La particularité de ces objets est qu’ils ont déjà servis et les possibilités de leur ré-emploi demeurent toujours limitées par ce qui subsiste en eux de cette histoire passée. Leur usage originel fait d’eux des éléments pré-contraints et ouvrés ; ils ont donc été travaillés par un précédent auteur qui leur a attribué une signification précise et soumise à l’œuvre qu’il réalisait. Le second auteur s’affairera ainsi à démonter cet ensemble de signification afin d’en créer de nouvelles.
Yann Beauvais et J-M Bouhour confirment, les deux lois fondamentales de détournement sont :
– la perte d’importance allant jusqu’à la déperdition du sens premier de chaque élément autonome détourné,
et en même temps
– l’organisation d’un nouvel ensemble signifiant qui confère à chaque élément sa nouvelle portée. »

 

Notes pour A.F.K.

Away
From
Keyboard
Notes pour l’ensemble du projet en devenir, et pour l’exposition A.F.K.

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Prologue.

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En 1973, Chris Burden réalise une performance : Throught the Night Soflty, où il rampe sur une route scintillante d’éclats de verre. Cette performance est filmée et devient une œuvre vidéo. Dans la soirée du 5 novembre 1973, la vidéo est diffusée lors d’une pause publicitaire sur Channel 9 – Los Angeles, sous le nom TV Ad. Elle devient une œuvre-dispositif. Le 24 nov. 2008, « gaston2511 », utilisateur de YouTube, met en ligne une version de TV Ad commentée par Chris Burden, copie appartenant à la collection du Centre Pompidou. Le 5 novembre 2013, une carte postale, commande des éditions Ultra pour leur collection « Save the Date », contribue à la circulation de la première image de cette vidéo présente sur YouTube.

J’ai produit cette carte postale. Je suis née dans la soirée du 5 novembre 1973, quelques minutes après la diffusion de TV Ad.

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Dans le monde des Archives, on a coutume de laisser un morceau de papier à la place du document emprunté et monté en salle de lecture. Cette représentation de l’objet déplacé s’appelle un « fantôme ».

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AFK, acronyme de « Away From Keyboard » – loin du clavier – renvoie aux pratiques des jeux en ligne, et à ces moments où les participants s’éloignent de l’interface qui les relie aux autres. C’est un message textuel que l’on laisse pour signifier son absence.

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J’ai choisi le terme AFK comme titre pour une recherche en cours, à explorer plastiquement dans une série de propositions et d’expositions.
Dans ce contexte, AFK s’utilise et se comprend comme une analogie : entre ce message textuel que l’on laisse pour signifier son absence aux internautes et une condition des objets* produits dans le cadre d’une pratique artistique après l’émergence d’internet** .
Cette condition découle du fait qu’aujourd’hui un objet est dans la majorité des cas produit et réceptionné par le biais d’un ordinateur, et en conséquence appelé à générer plusieurs versions, cela dans différents supports et médiums.
Ces nouvelles versions, qui prolongent et/où remplacent l’objet précédent, sont créées par l’artiste lui-même, ou par d’autres artistes ; elles sont parfois reprises/transformées/diffusées par des non-artistes et plus tard à nouveau utilisées par des artistes, comme dans le cas des différentes versions et reprises de Through the Night Soflty.
En résumé : si la question de la filiation en art a toujours existé, un objet post-internet existe pratiquement toujours en flux entre ses multiples représentations.
Le flux annule la hiérarchie  et il semblerait qu’après internet la matrice d’un objet - l’original - n’ai pas plus d’importance que les versions qui la suivent. Cela présente des avantages et des inconvénients, qu’il faut garder à l’esprit… Comment envisager et façonner une pratique dans ces conditions ?

Si le flux rend l’objet fluctuant, « reprisé », on pourrait par contre postuler qu’une œuvre contient toujours une version inAbsentia*** d’un ou plusieurs objets produits précédemment, mais pourquoi pas aussi une version inAbsentia d’un ou plusieurs objets potentiellement à venir. Une sorte de « blue print » ou code source invisible contenus dans l’objet en cours, qui marquerait sa substance****.
A.FK. s’attache à explorer cette relation versions-flux-absence selon ces deux directions :
– Envisager une pratique avec tout un système de versions antécédentes : comment exposer le lien entre toutes les occurrences d’une même pièce/document (par exemple le pdf et sa lecture performée, le site internet et sa présentation dans l’espace sous la forme d’une installation, ou à l’inverse, la version d’une œuvre mise en ligne, etc..).
Une présence par l’absence même.
– Envisager une pratique liée à un système inexistant : œuvres potentielles encore non réalisées, à venir, mais aussi des œuvres inachevées, perdues, illisibles, où l’on ‘ »trouve dans la disparition une forme idéale ».
Une présence par l’inexistence même.

L’exposition en Mars à Bordeaux s’envisage donc plus comme le fait de révéler des « relations d’absences » que d’une mise en relation de différents éléments entre eux.
Les éléments que j’utilise peuvent être des objets récupérés ou façonnés, sites internet, livres, dessins, créations sonores…
Pour le moment, j’explore :
– les relations absentes entre internet, le web profond et le Darkweb,
– les passages du caractère discret***** de Photoshop au dessin à la main,
– les travaux de cheveux du 19ème et la typographie,
– la sélection (ou pas) de contenus en ligne à effectuer pour une publications à la demande,
– l’index d’une bibliothèque personnelle (playlist moderne faisant retour à une époque pré-révolutionnaire où les bibliothèques étaient des collections individuelles),
– une interview de Bruce Lee (sur les différents états de l’eau, le fameux « be water my friend »).

Pour la proposition suivante, j’aimerai une restitution sous plusieurs formes complémentaires : une exposition + une édition + site internet.
Quelques textes qui constituent des points de départ :
Les unités perdues, Henri Lefebvre
• Aux éditions Greyscale (http://greyscalepress.com/) :
Data Hammer, Kim Xupei
Report from the Desert, Anonymous
In conversations with Julian Assange, Hans-Ulrich Obrist
Artistes sans œuvre, I would prefer not too, Jean-Yves Jouannais
• Travail de traduction du texte Image-Objet Post-Internet, Artie Vierkant

 

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* J’utilise ici le mot objet pour toute production artistique, matérielle ou non.
** Condition qui fait écho au mouvement Post-internet Art, expression employée entre autre par Marisa Olson, Gene McHugh, Artie Virkant, ou encore Lev Manovitch pour expliquer les nouvelles conditions de pratiques artistiques à l’ère des digital natives.
*** « En l’absence (de la personne intéressée; de ce qui est concerné) ». Anton. in praesentia. In Absentia est principalement utilisé dans le contexte de la linguistique, pour marquer un rapport entre les mots qui existe virtuellement dans la tête du locuteur ou du lecteur : « Le rapport syntagmatique est in praesentia : il repose sur deux ou plusieurs termes également présents dans une série effective. Au contraire le rapport associatif unit des termes in absentia dans une série mnémonique virtuelle » (Saussure, Ling. gén.,1916, p. 171).
**** La substance, dans le sens ontologique du terme, désigne ce qu’il y a « en dessous », ce qui est permanent dans les choses qui changent. Les substances peuvent être traitées comme ayant des attributs et des modes, ce qui aident à expliquer les transitions entre états : par exemple le lien qui perdure entre eau et glace. On pourrait citer cette matérialisation plastique dans la dernière exposition de Pierre Huyghe.***** Dans le sens mathématique du mot, soit : distinct, discontinu.

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AFK. Des catalogues raisonnés de l’absence

 

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Extrait des Unités perdues :
 » To S.A. », initiales d’un nom perdu, en dédicace de The Seven Pillars of Wisdom, de T.E. Lawrence –

et aussi :
 » Dorothy Parker a été incinérée en 1967 (l’épitaphe suggérée par Dottie « pardon pour la poussière ») ; l’urne est restée aux pompes funèbres jusqu’en 1973, date à laquelle elle atterrit chez le notaire qui la remisa dans un tiroir, où on l’oublia jusqu’en 1988 – Après vingt esquisses, Pablo Picasso renonce à faire le portrait d’Helena Rubinstein – Le récit érotique Histoire d’une fille de Vienne racontée par elle-même (1906) est signé du pseudonyme Josefine Mutzenbacher ; l’hypothèse fut avancée qu’il s’agissait de l’auteur de Bambi (1929), mais les preuves manquent – Jules Verne détruit toutes ses archives personnelles avant de mourir ; il craignait, semble-t-il, que soient révélés après sa mort, ses penchants homosexuels et anarchistes – Le père d’Egon Schiele, chef de gare à Tulln, mit le feu, un jour de colère, à tous les dessins de son fils représentant des voitures de chemin de fer – Pendant la crise de 1929, Howard Fast s’installe dans le Sud des États-Unis ; de cette expérience il tire six romans, en détruit cinq, publie le sixième à moins de 19 ans, Two Valleys – En 1940 la Gestapo met à sac l’appartement parisien de Saint-John Perse et détruit ses manuscrits – Chemin de Sèvres de Corot, disparu du Louvre en 1998, n’a jamais été retrouvé – En 1945 le photographe japonais Koji Inoué, sourd, perd ses négatifs dans un bombardement qu’il n’a pas entendu – James Joyce et John Milton ont écrit leurs chefs-d’œuvre en perdant la vue, Finnegan’s wake et Paradise Lost – La première Nana de Niki de Saint Phalle ; introuvable depuis sa mise en dépôt au Centre Georges-Pompidou, détruite sans doute par inadvertance »…

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Le premier chapître D’artistes sans œuvres s’appelle : « Publier ou non son cerveau »…

Rural Studio, Alabama

Je suis à présent dans l’Alabama, à côté de Greensboro, à Newbern exactement, dans le comté de Hale, pour visiter Rural Studio avec Catherine Rannou et Marion, Nicolas et Morgane.
Une nouvelle étape de ce voyage, toute aussi passionnante que la Nouvelle Orléans mais aussi complètement différente, si ce n’est qu’ici aussi, les questions de communautés, constructions sociales et fédération d’énergies positives sont à l’œuvre et pratiquées concrètement et quotidiennement. Le projet incroyable de Rural Studio parait idéal et je pourrais en parler des heures avec enthousiasme. J’ai hâte de commencer la publication Géographies variables, et rendre compte de tout cela en images et en textes, de faire des liens avec les différentes branches du projet de recherche. Une chose à mettre en place à mon retour en France que j’anticipe avec plaisir.

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2nd Line, Nouvelle Orléans

Arrivés (Marion, Morgane et Nicolas, étudiants à l’EESAB, Mélanie Bouteloup et moi-même) à la Nouvelle Orléans la semaine dernière pour le voyage que nous faisons dans le cadre de Géographies variables, mon projet de recherche à l’EESAB.
Peu de temps pour se poser devant l’ordinateur pour raconter les différentes visites, rencontres et expériences tant elles sont nombreuses et prenantes… Quelques images tout de même de la parade de 2nd ligne que nous avons suivie le week-end dernier, 5 heure de danse à travers les rues de la Nouvelle Orléans, jusqu’au 9th Ward, avec une pause hot sausage + drinks près de la House of Danse and Feathers.
(Images en noir et blanc car mon appareil se bloque sur ce paramètre, malgré le manque de couleurs, j’espère qu’elles rendent suffisamment l’énergie positive qui déborde de la parade et des gens qui la constituent).

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Et pour voir d’autre photos en couleurs sur le Facebook d’un des Social clubs…

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… Dans quelques jours, départ pour Rural Studio, à Newbern, Alabama !

Save the Date

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Cette semaine je suis dans les cartes postales. Les verso.
Celle reçue il y a un mois qui m’a fait me balader hier au Louvre (la salle Chardin est fermée au public ; à la place je suis allée voir le travail d’Ingres puis boire un thé chez Angelina pour finir Méridien de sang, un drôle de contraste – ou pas).
Et dans quelques fragments de recherche pour une proposition (18×13) pour les éditions Ultra, qui s’inscrira dans « Save the Date », série de carte postale confiée à des artistes.
J’y revisiterai le générique de TV Ad (projet qui diffuse la performance Through the Night Softly) de Chris Burden. Ce film, qui me hante, a été diffusé pour la première fois il y a 40 ans jour pour jour : le 5 novembre 1973, le jour de ma naissance.

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Tous les matins de cette semaine, je descends voir si le livre Artists’ Postcards: A Compendium, de Jeremy Cooper, est arrivé ! Ce livre – malgré son hideuse couverture (tiens je ne sais pas quoi mettre, je vais tout mettre) regroupe 300 pages de cartes postales plus intéressantes les unes que les autres, avec des cartes de George Grosz, Bruce Nauman, Sol Lewitt, David Hockney, Richard Hamilton, Susan Hiller, Joseph Beuys, Dieter Roth, Gordon Matta-Clark, Tacita Dean, Gilbert & George, Ray Johnson, Rachel Whiteread…

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EVOL, un fanzine pour l’exposition « Love », Centre Pompidou

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Quelques photos de la maquette (en cours) du fanzine EVOL, journal de l’exposition « Love » qui ouvre samedi au Studio 1316 du Centre Pompidou. Toutes les pages seront affichées sur l’un des murs de la salle d’expo et 500 exemplaires N&B seront produits pour une distribution pendant la durée de l’exposition.
Dans l’édito on peut y lire :
Des citations issues d’ouvrages de la BPI et de la vidéo « A Thousand Lovesongs » présentée dans la vitrine du Studio 13/16, des projets ou mots d’artistes de toutes les époques… Tous ces fragments s’organisent en rapprochements ou oppositions, traçant des liens pour constituer le fanzine EVOL.
EVOL est un journal consacré à l’amour – de la chanson d’amour à l’amour de l’art. Clin d’œil à un album de Sonic Youth, son titre forme avec le titre de l’exposition, un palindrome. Sa sonorité tire vers le mot anglais Evil * et donne le ton.
EVOL est un objet en train de se faire, à assembler comme on veut : toutes les pages, seulement celles que l’on aime ou que l’on aime pas, dans l’ordre ou le désordre… Ou encore à placarder sur son mur, version posters. Un fanzine à augmenter, seul ou à plusieurs, lors du vernissage et des ateliers de l’exposition LOVE. Mais surtout, un journal à emporter, à partager.
Ces expérimentations sont complétées par des pages d’informations sur les artistes et les pièces qu’ils exposent, et EVOL devient alors le catalogue, la trace de l’exposition.

Ce journal regroupe donc des propositions que j’ai créées pour l’exposition mais aussi des propositions existantes d’artistes dont j’aime le travail et qui ont accepté de participer à cette petite aventure. Et puis je suis contente de compter deux des mes anciens étudiants parmi eux : leurs travaux valent le détour.
Merci à David Bideau, Soazic Bruneau, David Michael Clarke, Jeff Guess, David Shrigley et Boris Tissot de m’avoir prêté leurs images et projets.

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Et puis pour finir, une image de la carte du Tendre, montée aujourd’hui par les techniciens du centre, et du montage en cours du fanzine dans l’espace d’exposition…
Pour la carte du Tendre, il en existe 2 versions : une dans le fanzine, sous nom de « Oblivion, carte du dur » et l’autre « Tendre », un grand format qui accueille les visiteurs à l’entrée de l’exposition.
Enfin, les posters édités par le Centre Pompidou sont arrivés !

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Pratiques #22

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La revue Pratiques n°22, dont j’ai assuré la direction, vient de paraître ! Elle traîte de l’Auto-archivage immédiat et regroupe les interventions d’artistes, praticiens de l’art réunis à l’EESAB Lorient en décembre dernier pour discuter et présenter des travaux relatifs à cette notion, qui découle en premier lieu de l’archivage systématique et automatisé en ligne.
Avec Yann Sérandour, Jean-Noël Lafargue, Maurice Benayoun, Christophe Bruno, Joëlle Bitton, David Guez, Reynald Drouhin, Jérome Joy, Sylvie Ungauer, Dominique Moulon, Damien Schultz, Manuel Schmalstieg, Lionel Broye, Gwenola Wagon.

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Et puis dans une semaine, je pars à Annonay pour le BAT de la deuxième publication sur ce sujet, un livre plus personnel, que j’ai conçu et développé ces six derniers mois. Le calage est toujours un moment important et excitant, avec une tension que j’apprécie (suivre l’impression, changer de papier si besoin/si possible, s’entretenir avec l’imprimeur..), et aussi qui marque la fin d’une étape, et l’ouverture d’un travail aux autres. Le calage serait donc une sorte de pré-vernissage ?
Le livre Auto-archive sortira donc début octobre et je fêterai le lancement le lendemain de mon anniversaire ! RDV donc à l’école d’art de Quimper le 6 novembre ou, sur l’invitation de Karine Lebrun, je présenterai, avec d’autres, ce projet de recherche qui nous a réuni pendant 2 ans !

Love is like wifi

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Du 19 octobre au 3 novembre 2013, je participe à la prochaine exposition au Studio 13/16, au Centre Pompidou, qui a pour titre Love – titre tiré du néon qui ornait le robot du projet : « Le virus s’appelait I Love You ».
Hormis le néon Love, je présenterai une vidéo (One Thousand Lovesongs), quelques dessins  et posters (Post(lov)ers, la Carte du tendre – Oblivion, la carte du dur) et un fanzine (Evol), à la fois journal de l’expo et fragments du discours amoureux.

Vernissage le samedi 19 octobre à 16h00,
avec en ouverture un DJ set de Cold Cut.
Studio 1316, Centre Pompidou, niveau -1

Love is like wifi : without it, no connection, no internet
See you there !

Auto-archivage, réflexions sur un projet de recherche en école d’art

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Auto-archivage immédiat, couverture du livre à paraître à la rentrée

 

Un long article pour fêter la fin d’un long travail de 3 ans autour de ce que j’ai appelé l’auto-archivage immédiat. Ce travail, à la fois réflexif et plastique, a pris la forme d’un projet de recherche à l’école supérieure d’art de Bretagne, où j’enseigne, et m’a permis de collaborer avec plusieurs amis et artistes/critiques dont j’estime le travail (Gwenola Wagon, Reynald Drouhin, Dominique Moulon, Karine Lebrun, Grégory Chatonsky, Sylvie Ungauer…), ainsi que quelques étudiants maintenant anciens étudiants devenus artistes (Thomas Daveluy).
Pour mettre un point final à ce projet, j’ai décidé d’écrire cet article pour, d’une part, montrer des morceaux de l’édition rétrospective du projet : une édition sur laquelle j’ai travaillée avec Marie Daubert pendant 8 mois, et à laquelle je mets les dernières touches ces jours ci. Et d’autre part faire un état des lieux de ce projet et partager ce que cette première expérience de projet artistique au sein du école a pu générer comme réflexions…

J’ai donc commencé par un résumé, pour recontextualiser le projet… J’en ai fait des tas et j’ai pris le premier qui m’est tombé sous la main : le projet étant développé dans un cadre institutionnel, sa validation m’a demandé maintes rédactions qui m’ont pris un temps précieux que j’aurai pu consacrer au temps de création. Bref, je n’en ferai pas un de plus !
Ensuite viennent la façon dont nous avons structuré le temps de travail, les créations réalisées dans le cadre du projet, les moyens mis en œuvres, et enfin les difficultés rencontrées… J’ai construit cet article de façon très simple, en essayant d’être le plus claire possible, notamment pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un projet de recherche en école d’art (j’ai ma propre définition, mais je crois qu’elle n’est pas politiquement correcte alors je me la garde ;) )

 

Rappel du projet et du contexte de la recherche

L’art numérique et la textualité d’internet ont profondément transformé le principe et les modalités de l’écriture qui emprunte des supports de plus en plus interactifs.
L’utilisation des supports artificiels de mémoire par les artistes au cœur même du processus de création, tend à réduire encore la distance qui sépare l’acte de création et sa restitution finale. (La ligne de recherche a défini son champs de recherche d’après les supports de mémoire tels que : les sites internet, blogs, tablettes tactiles, Smartphones, ou encore publications à la demande)
Le blog, notamment, a été investi par de nombreux artistes numériques et contemporains, jusqu’à en faire œuvre : à la fois interface, atelier ouvert, c’est un processus de création partagé qui se rapproche d’une pratique de notation quotidienne comme a pu l’expérimenter Jonas Mekas, ou encore des « Huppomnêmata » tels qu’évoqués par Foucault dans « l’écriture de soi ».
L’apparition des blogs et autres stockages de mémoire partagée a permis un nouveau type d’archivage : l’auto-archivage immédiat, qui, non figé, se reconstitue en permanence, et sur lequel le lecteur peut interagir. Ainsi, l’œuvre-archive inclut sa genèse, ses hésitations, ses retours, ses commentaires, ses silences, sa réception.
Cette émergence produit de nouvelles formes plastiques et esthétiques fondées sur le réseau, l’interactivité, le flux, le fragment, la pluralité des discours.
À ce jour, les blogs, tant comme outils pour les créateurs, que comme moyens plastiques pour les artistes, ou encore dans le milieu des étudiants en art, sont extrêmement répandus. Or, il n’existait aucune recherche qui rende compte de l’étendue et de la qualité de ce phénomène. Encore moins de retour critique et d’expériences concrètes & conscientes de cette pratique.

Initiée en 2010, pour deux ans, la ligne de recherche « De l’auto-archivage comme œuvre » a donc proposé à plusieurs artistes – enseignants des quatre sites de l’EESAB (= les beaux-arts de Lorient, Rennes, Quimper et Brest) et à des praticiens de l’art venus de divers horizons géographiques de réfléchir à ces questions.
Il ne s’agissait pas de lister un nombre d’expérimentations ou d’espaces d’archivages d’artistes dont le contenu serait intéressant, mais bien pour les acteurs de cette recherche de s’emparer de ces outils et les transformer en matière à pratiquer jusqu’à en faire œuvre, tout en y portant un regard critique.
Les acteurs de cette recherche, par choix principalement des artistes (mais pas uniquement) ont été choisis pour la qualité de leur pratique au regard de celle-ci, pour leur envie critique et connexion à d’autres champs disciplinaires. Ainsi nous avons développé plusieurs directions complémentaires mais parfois aussi opposées, que nous avons définie comme résolument ouvertes et heuristiques, favorisant ainsi la diversité des points de vus, des expérimentations et des discours.

La recherche s’est structurée en temps de réflexions, de partages et de productions. Ces moments ont été appréhendés comme des plateformes de créations concrètes : résidences de production, dialogues et échanges théoriques entre artistes, critiques et étudiants lors de rendez-vous mensuels ou lors du séminaire de recherche dont traite spécifiquement le numéro de la revue Pratiques – réflexions sur l’art (Presses universitaire de Rennes) à paraître à la rentrée 2013. (Un autre objet éditorial, spécifique à la recherche et aux pistes suivies, envisagée comme une production plastique en temps que telle, a été mise en route à la rentrée 2012, j’en parlerai plus bas plus spécifiquement).
Ces moments d’échanges ont donné à chacun un temps pour présenter les pistes suivies individuellement et avoir des retours critiques. Un deuxième temps a été réservé à la recherche dans son ensemble : il a permis de dégager des problématiques plus générales et de concevoir une production commune.
Des temps de travaux communs plus conséquents ont permis des échanges en profondeur et d’éprouver en pratiques certaines pistes chercher individuellement :
•  Octobre 2011 : Résidence de recherche et d’écriture au Centre National des Écritures du spectacle à Villeneuve Lez Avignons,
• Décembre 2011 : séminaire de recherche à Lorient,
• Juin 2011 : réunion de travail d’une journée pour clôturer le projet
• Octobre 2012 : Réunion de mise en place de l’édition rétrospective du projet de recherche,
• septembre 2013 : sortie de la revue Pratiques,
• octobre 2013 : sortie de l’édition

 

Expérimentations réalisées pour le projet

La recherche a donné lieu à des expérimentations et retours critiques qui l’orientent vers diverses directions encore à interroger, à pratiquer et prolonger. En effet, le temps d’un projet de recherche se ressent comme un activateur, un précieux moment à consacrer – en dehors du temps quotidien – à une recherche fondamentale à long terme, dont les résultats se ressentiront bien au delà du temps effectif de celle-ci.
Le projet s’est naturellement centré autour du titre « De l’auto-archivage immédiat comme œuvre ». Nous avons laissé la question de l’archive classique (trop vaste à traiter sur le temps imparti et déjà de nombreuses fois traitées) pour nous concentrer sur des pratiques et dispositifs qui se développent dans des flux, avec une capacité de produire de la mémoire et archives de manière automatisée ou semi-automatisée – questionnements qui nous semblaient plus proches et contemporains de nos pratiques.
Nous nous sommes rejoints sur des dispositifs qui interrogent notre relation à l’archive (c’est-à-dire aux informations et traces conscientes ou organisées par la société en réseau) que nous laissons sur Internet, mais qui dialoguent sans complexe avec des supports dits plus traditionnels, tel que le livre, le dessin, l’impression. Plusieurs expérimentations ont effectivement exploré l’édition papier avec l’idée d’opérer un va et vient ou/et de déplacer la  production déjà existante d’un blog, d’un film, d’une performance, vers la forme du livre.
Ce type de publication auto-éditée et son contenu s’appuie davantage sur la notion de processus, reprenant ainsi nos manières déjà éprouvées de considérer une publication sur le web : montrer une pensée en action, ce que nous appelons un auto-archivage.
Ici, l’archive n’est plus uniquement le lieu du stock exhaustif mais devient une forme qui se modifie et se définie au moment de sa production.

Autour de ces questionnements, deux catégories d’expérimentations ont émergé :
– les propositions autonomes, œuvres développées naturellement dans le cadre de cette réflexion,
– les propositions qui prennent comme contenu et questionnent la recherche elle-même.
Par ailleurs, un site internet qui regroupe toutes les propositions et ressources liées à la recherche a été créé : http://incident.net/recherche

 

Moyens mis en œuvre

– Résidence au Centre national des écritures du spectacle (Villeneuve Lez Avignon) dans le cadre des « résidences collectives de recherche, d’expérimentation et d’écriture », Octobre 2011.
La résidence de quinze jours à la Chartreuse a eu pour but de prolonger cette recherche et de proposer à un auteur de travailler à partir du grand nombre de textes et médias qui ont été générés par la plateforme en ligne du projet de recherche.
Y étaient présents Sylvie Ungauer, Reynald Drouhin, Julie Morel,  deux étudiants de l’EESAB, ainsi qu’un auteur.
Nous avons choisis de collaborer avec Yannick Liron (enseignant à l’EESAB site Lorient) dont le principe de travail s’approche du nôtre, notamment dans ses rapports à la ritournelle, la mémoire, la variabilité et le flux.  Les données générées par la recherche et son site internet lui ont servis de base pour la production d’un texte destiné à être performé. Ce texte apparait dans la publication de la recherche. (Il est aussi disponible en ligne sur le site consacré à la recherche).

– Séminaire de recherche / EESAB – Site de Lorient, décembre 2011
Sur trois jours et demi, ce séminaire a questionné l’auto-archivage immédiat : l’archive dans sa capacité à se reconstituer en permanence, et sur laquelle on peut interagir à tout moment, devenant fluctuante, variable, instable. Les interventions ont été organisées selon un schéma partant de pratiques utilisant ou réactivant des archives « statiques » pour ensuite se concentrer vers celles prenant à bras le corps les nouvelles possibilités d’automatisation des archives immatérielles et leurs flux :
– la bibliothèque de l’histoire de l’art comme une archive systématiquement disponible, réactivable et questionnable,
– l’utilisation des blogs comme auxiliaire, externalisation de la mémoire,
– l’auto-archivage immédiat et le blog comme outil de création in Progress,
– le fantasme de la conservation de l’archive numérique matérialisée par des moyens hybrides, mixant papier et données virtuelles,
– l’enregistrement et la circulation des données comme dispositif artistique,
– l’auto-archivage immédiat comme œuvre-outil de cyberactivisme artistique et politique,
– les représentations du monde vues par le biais des flux archives en ligne,
– l’amnésie liée à l’auto-archivage immédiat et la détermination à excaver des documents perdus ou cachés et leur partage par le biais de publication à la demande.

 


Publications

– Publication des Actes du séminaire sur l’auto-archivage immédiat (Numéro spécial de la revue Pratiques – Réflexions sur l’art).
Pratiques propose un recueil de documents destinés à mettre en évidence les enjeux des pratiques artistiques contemporaines. Ces enjeux relèvent plus particulièrement du domaine du concept, de la forme plastique ou de la monstration. Cette revue est soutenue par trois institutions en correspondance avec les axes de réflexion de la revue : l’EESAB, l’Université Rennes 2, le FRAC Bretagne, et elle est éditée en collaboration avec les Presses Universitaires de Renne, ce qui permet une diffusion et son encrage au niveau des professionnels de l’art.
Ce numéro de Pratiques rassemble toutes les interventions qui ont eu lieux lors du séminaire de recherche à l’EESAB site de Lorient, du 7 au 9 décembre 2011. Nous avons laissé le choix aux artistes, chercheurs et critiques invités quant à la forme que devait prendre la retranscription de leurs interventions. Certains ont choisi de partir du support de leur présentation, d’autres en ont souhaité une simple retranscription, enfin d’autres ont décidés de la rejouer complètement.

– Édition rétrospective de la recherche
J’en parlais dans l’introduction, un objet éditorial synthétique, vu comme une production artistique en tant que telle, a vu le jour. Cette publication a été l’occasion d’un dernier temps commun d’environ une semaine, envisagé comme un temps de résidence à l’atelier que j’occupais alors à la Gaité lyrique.
Tous les acteurs de cette recherche – équipe de recherche et artistes, écrivain, critiques qui se sont impliqués à un moment ou à un autre (séminaire, résidence, etc.) – étaient présents, pour une conception collaborative, un moment de travail commun affirmé comme un point de vue esthétique : un atelier ouvert qui englobe la conception ainsi que l’archivage de cette conception traitée en temps réel, sous la forme d’une pratique de notation quotidienne.
Menée ensuite graphiquement en solo avec Marie Daubert, pendant 6 mois, cette nouvelle aventure éditoriale m’a permis d’ouvrir la recherche à pistes encore non suivies et à des potentiels encore non explorés. Elle a permis d’intégrer d’autres points de vues, d’autres propositions (critiques ou plastiques) d’artistes qui n’ont pas forcément pris part à celle ci.
J’ai décidé de travailler sur trois parties distinctes mais liées entre elles, chacune de ces trois parties étant formellement clairement identifiées :
1 – Flux. Cette première partie, qui regroupe les propositions produites par les artistes qui formaient l’équipe de recherche, est traitée sous la forme d’un flux, comme une navigation internet. Les images et textes se suivent, se télescopent, parfois sans liens apparents. Bien sur ces liens existent, qu’ils soient ténus ou non. J’ai traité ces propositions sous une forme de montage en tenant compte de la dimension à la fois linéaire (difficilement contournable avec un ouvrage relié), mais aussi hypertexte (dans le traitement, les enchainements et rapprochements possibles entre les différents contenus).
Imprimée en couleur sur un papier assez épais, cette partie constitue donc un remontage de ce que nous avons produit, une réactivation sous la forme d’une translation du médium internet à un médium papier.
2 – Une appendice, qui recontextualise les sites internet, blogs, images et textes utilisés dans la première partie. Cette recontextualisation passe par l’explication de chacun des projets. Elle en donne également les références ou les données liées : pages internet, vidéos, animations contenues « derrière » les liens hypertextes.
Cette partie est traitée en bichromie, sur du papier légèrement gris. Il s’agit d’un méta-espace, qui permet à la fois de préciser les choses vues dans la première partie, mais aussi un espace plus loin de la recherche elle-même.
3 – L’annexe, qui regroupe des interventions externes à la ligne de recherche. Elles prolongent, critiquent ou donnent un point de vue différent sur l’auto-archivage immédiat. Ces interventions sont laissées comme un espace libre aux artistes et théoriciens invités ; ils peuvent faire référence ou retour sur leur pratique ou adopter un point de vue critique vis-à-vis des projets présentés dans la première partie.
L’annexe est traitée sur un mode N&B de type photocopie, comme quand on consigne les références, outils, documents d’un travail en cours.

Des exemples des pages de chaque partie.

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Implication pédagogique de cette recherche / Articulation recherche – pédagogie

Dès le début de la recherche des étudiants de 5ème année se sont impliqués dans les échanges, quelques uns ont commencé un travail personnel suite à cela. Là aussi les choses se sont faites à la fois naturellement, mais aussi avec quelques difficultés, car pour beaucoup, la pression du diplôme les dirige vers un travail plus individuel et auto-centré. Quelques étudiants ont réalisé qu’il y avait des affinités entre leur travail et les problématiques abordées et lors de la deuxième année de la recherche, ces étudiants alors diplômés ont intégré l’équipe de recherche en tant qu’artistes (et à ce titre ont été rémunérés). Je trouve les propositions produites justes et rigoureuses : la qualité plutôt que la quantité donc ; )
De façon plus générale, les bénéfices apportés par le projet de recherche dans l’enseignement ont été étendus : approfondissement d’un ARC qui existait déjà, possibilité pour des étudiants de participer à une résidence dans des conditions professionnelles et d’en appréhender le fonctionnement et la temporalité. J’ai peu aussi noter le gros impact du séminaire de recherche sur tous les étudiants (environ 90 étudiants l’ont suivi du début à la fin) ; leurs retours ont été positifs et ont porté sur le fait d’être témoins d’une pensée et une production très contemporaine en train de se construire. Ils se sont aussi sentis proches du fait qu’une pensée critique et une production artistique pouvaient aller de paire et n’étaient à aucun moment en opposition l’une de l’autre.

 

Problèmes spécifiques

Pour finir, j’ai fais le choix de mettre en relief et de partager quelques points positifs et difficultés concrètes rencontrées lors de cette première recherche à l’EESAB.
Il m’a semblé par exemple important d’observer les ressemblances et dissemblances d’une recherche  « officielle » et celles non officielles qui s’opèrent constamment, que ce soit dans le cadre d’une pratique artistique (pour ma part au sein du collectif incident.net, ou dans ma pratique individuelle d’artiste) ou d’une pratique d’enseignante (à l’EESAB) où j’envisage l’enseignement au même titre qu’une recherche artistique (ou au minimum comme son prolongement – sans cela je trouve l’enseignement désincarné de sa raison d’être).
Je suis donc posée la question selon plusieurs angles, qui sont liés et se superposent constamment :
• L’équipe de recherche
• Les moyens affectés à celle-ci
• L’articulation recherche – pédagogie
• La temporalité de la recherche
• Terminologie

• Équipe de recherche :
Habituée à travailler en collectif, de manière prospective ou dans une production effective, le fait de collaborer avec une équipe de recherche assez importante ne m’a pas semblé poser de problèmes en terme de contenu. Les échanges ont été généreux et constructifs, les retours critiques de l’équipe ont permis un questionnement constant et des avancées sur chacun des travaux : en effet pour ce qui est de la production individuelle, les différents acteurs se sont impliqués bien au delà de ce qui leur était proposé.
Néanmoins, la partie commune du projet de recherche (qui a pris la forme d’une plateforme commune, mais aussi dans une certaine mesure, l’édition) a parfois eu plus de mal à trouver sa place, cela pour plusieurs raisons :
– dans la temporalité imposée (1 ans 1/2)  il a été difficile pour certains de faire la synthèse d’une pratique en train de se créer et d’en déplier et/ou rejouer les différentes problématiques dans un projet commun, cela aurait donc nécessité un temps de recherche un peu plus long (6 mois au minimum).
– le temps alloué à cette recherche ne permettait pas un investissement total dans celle-ci, principalement pour des questions de temps liées à une réalité financière.

• Les moyens affectés à la recherche :
> Moyens financiers :
Pour rappel, il paraissait évident lors du montage du projet de recherche que :
– Les enseignants-artistes tout comme les autres acteurs de cette recherche soient rémunérés.
Ce n’est pas un fait admis aujourd’hui dans la majorité des écoles. Pourtant une rémunération est premier lieu symboliquement nécessaire, mais tout aussi concrètement nécessaire parce que s’investir dans ce type de recherche peut mettre en péril l’activité artistique d’un plasticien (je n’ai en effet jamais aussi peu produit que ces 2 derniers années, cela par manque de temps pour moi, et cette sous production m’a pesée à la fois dans ma pratique mais aussi financièrement).
La rémunération que j’ai demandé pour l’équipe était de l’ordre du symbolique, et donc en deçà de la forte implication de celle-ci e. Il ne serait pas viable à long terme de fonctionner comme cela si l’on attend un investissement de qualité de la part des différents acteurs. Le financement de la recherche et la rémunération des personnes réellement investies reste un tabou au sein des écoles (je me demande pourquoi puisque l’on nous rabat les oreilles du modèle de la recherche universitaire – à mon avis pourtant hors-contexte par rapport à une recherche artistique – ou les enseignants chercheurs sont rémunérés, cela de manière claire et contractualisé).
– Un fond mobilité important soit prévu. Nous avions prévus ce fond, et il s’est avéré très utile et a été utilisé dans sa totalité. Il faudrait donc prévoir un budget un peu plus étendu lors des prochains projets au sein de l’EESAB (qui comporte 4 sites, ce qui multiplie les allers-venues).
Mon prochain projet, Géographies variables, a déjà commencé et j’ai peur d’avoir été trop juste dans ce calcul…
> Moyens humains :
– Un dégagement de 2h sur l’emploi temps a été dégagé pour les enseignants de l’EESAB.
Nous avons pu constater que ce temps était insuffisant et sans le grand nombre d’heures alloués à la recherche par chacun sur son emploi du temps personnel, la recherche n’aurait pu avancer efficacement. Il nous semblerait donc nécessaire de faire passer ce temps de 2 à 4h (ce qui est recommandé par l’ANDEA); et dans le cas contraire je crains que peu d’entre nous renouvellerons l’expérience…
Dès le début, cette recherche a du inventer ses propres moyens d’existence et de méthodologie, ce que nous avons ressenti comme positif et nécessaire. Nous sommes partis sur un fonctionnement « off-shore », c’est à dire en dehors de l’école, mais néanmoins lié à l’école. Il peut sembler étrange qu‘une recherche dans une école se fasse hors école. Ce choix découle des questions concrètes évoquées plus haut mais aussi d’une volonté de notre part de trouver des moyens proches du contexte artistique actuel. Nous avons donc oscillé entre différents lieux :
– Lieux de vie personnelle : les moments d’échanges, avancées communes sur la recherche ont eu lieu lors de réunions régulières la plupart du temps à Paris, pour des raisons de logistiques (les acteurs étaient répartis sur une grande zone géographique), certains artistes/étudiants prenant part à la discussion via Skype.
– Les différents sites de l’EESAB ont été investis par la recherche lors de moments pédagogiques qui ont été gérés individuellement par chaque artiste-enseignant. Une plus grande porosité entre les moments/projets pédagogiques sur les différents sites aurait été bénéfique pour le projet comme pour les étudiants.
– La Chartreuse CNES nous a accueillis lors d’une résidence de 15 jours, qui s’est avéré fort opérante car elle a permis de réunir les acteurs sur un long temps commun, créant un dynamisme dans les propositions, et aussi un temps de vie commune, ce qui était important : apprendre à se connaitre, échanger lors de moments non dédié au projet, parler de la d’où l’on vient artistiquement, digresser et apprécier les habitudes et méthodes de chacun.
– L’EESAB (Lorient) a accueilli le séminaire de recherche qui a été un outil conséquent pour la recherche, tant au niveau critique que pédagogique, j’en parlais plus haut.
– Internet : Nous avons choisi, en cohérence avec le sujet traité, de rendre notre recherche accessible via internet. Comme je le disais plus haut, j’ai mis en place et produit la plateforme en solitaire, par manque de temps et d’investissement des autres ; j’aurai aimé un deuxième temps de résidence commun pour pouvoir concevoir cela ensemble. Néanmoins, cette plateforme, fort simple, s’est avérée intéressante pour le partage des données entre les acteurs et pour une meilleure visibilité du projet à l’extérieur.
(Cette expérience nous a fait nous poser la question plus générale de la visibilité de cette recherche à l’intérieur de l’EESAB. Une plateforme globale pour tous les projets de recherche de l’EEASB serait un bon moyen d’avoir des retours sur un seul projet, tout en permettant de créer des connexions avec les autres projets).

Moyens de restitution d’une recherche.
Ils ont été principalement éditoriaux : internet et publication. Pour clôturer cette recherche, il aurait été intéressant par exemple de mettre en place une expérience liée au commissariat d’une exposition, de la déplacer et de la rejouer sous la forme d’une mise en espace. C’est une possibilité à laquelle je réfléchis encore, bien que la recherche soit officiellement terminée. Si la publication m’a semblé un moyen cohérent pour garder une trace et en diffuser certains aspects, je suis persuadée qu’elle ne doit en aucun cas devenir une norme pour la restitution d’une recherche. La publication en ligne comme le site internet expérimental, l’exposition comme la conférence, la projection ou l’organisation de démo, voir même la création d’un festival ou d’un chantier de type ateliers peuvent être les moyens à investir et expérimenter.
On peut, par ailleurs, de manière plus pragmatique, citer la dissémination et les liens tissés par Auto-archiave immédiat avec d’autres écoles,  institutions et artistes  :
– lors du séminaire, des enseignants de Pau et Avignon étaient présents et nous avons pu échanger et nous rendre compte que cette recherche trouvait des échos sous d’autres formes (longue conservation, recherche lié au design graphique)
– Dominique Moulon et moi-même sommes invités à Sc. Po paris pour un semestre (Master) pour un cours qui découle directement de cette recherche.
– Participation au séminaire Territoires, mutations & archives (Tarbes, Chrystelle Debordes, revue Echappées n° 2)
– Participation à un projet de revue en ligne avec le collectif Kom.post
– Cycle de conférences à la BNF en février sur ses questions, notamment à un niveau éditorial.

• Temporalités de la recherche
La recherche est officiellement arrivée à son terme. Pourtant, celle-ci ne fait que commencer : nous avons activé des pistes, lancé des projets et les aboutissements de cette recherche sont encore à venir. Elle nous a influencés dans notre travail plastique personnel comme dans notre enseignement. Sa temporalité va bien au delà de ce que nous avions prévu et il est presque frustrant de s’arrêter ici. Bien que cette recherche m’aie habitée complétement et qu’elle émanait d’une expérience de mon travail d’artiste, je l’ai parfois trouvée, dans son fonctionnement, loin de ma manière d’envisager une proposition. Lors de la prochaine recherche (pour géographies variables, qui à tout juste commencée!), j’ai décidé de m’accorder un temps de travail balisé au sein du projet car pour la personne qui dirige une recherche, le temps alloué à l’administratif, à l’organisation est une entrave permanente au travail artistique…

• Terminologie
Je termine cet article par terminologie :  )
Les mots des la recherche en art sont de véritable maux. J’en suis sure, ces mots n’émanent pas d’artistes – les premiers et seuls acteurs incontournables de l’art.
Mais qui a trouvé le mot recherche ? Le mot direction scientifique ? (pourquoi pas direction artistique ?) Ligne de recherche ? Laboratoire ? Validation ??? (Toutes ces questions sont rhétoriques bien sur, je sais très bien qui à Bologne ou en France rêve d’aligner les écoles d’art…). Mais pourtant je ne rêve pas. À croire que les écoles ne sont pas pleines d’artistes – plasticiens, sculpteurs, vidéastes, écrivains, critiques, historiens – capables de définir eux-mêmes, de manière critique, leurs pratiques/leur recherche. Les artistes ne se sont pas gênés pour le faire depuis des lustres, manifestes et écrits sur l’art sont là pour en témoigner et je pense que des pistes sont à explorer de ce côté là…

Nous sommes nous faits rattraper par le profiling du langage ?

Cette semaine, lectures d’été

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Alors que je viens d’installer une antenne satellite à Briant, et que j’attends tranquillement les prochains résidents, je trouve dans ma boite aux lettres cette semaine : L’Ève future – spécimens de Fontes libres. Un cadeau de Manuel Schmaltieg, créateur de Greyscale Press, qui m’a fait parvenir ce livre réalisé avec ses étudiants à la HEAD, lors d’un atelier autour de la typographie libre. Ou quand édition, art et littérature cohabitent avec intelligence ! Une bonne lecture, une vraie bible qui mêle un répertoire typographique et récit de science-fiction (L’Ève future) publié en 1886 par Auguste de Villiers de L’Isle-Adam.
Et puis aussi, dans le hamac (posture à l’opposé de cette) relecture de Microserfs.
Alors qu’il a été écrit en 95, tout y est déjà : L’impacte d’internet dans la société et nos interactions sociales, les spams, les sub-primes, les générateurs de de textes, l’obsolescence de l’homme, les bases de données géantes, les memes.

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Briant, permière résidence de l’été

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Première résidence d’écriture de cette été, improvisée et réussie. Zoé Wolf, ancienne tête pensante des Konki Duets a récemment délaissé la musique pour d’autres formes d’écriture : quelques chansons (notamment pour son ancienne coéquipière Kumisolo), mais surtout un l’écriture d’un Pulp, avec un humour et des formules coup de point qui lui sont si personnelles…
Ambiance studieuse pour le moment, au frais dedans et une chaleur incroyable dehors. Puis sera au tour des visites de Mia Habib Haugland, danseuse rencontrée lors du voyage à Clipperton, suivit de David Poullard et Guillaume Rannon, et enfin pour les résidences Géographies Variables : Cécile Babiole et Cécile Azoulay pour la France et Max Gasnier de Montréal.

Art & Science fiction, JG Ballard & The IG

Une lecture convalescente : Art et science-fiction: la Ballard Connection, Valérie Mavridorakis

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 » L’écrivain anglais J.G. Ballard et des artistes de l’Independent Group comme Eduardo Pao­lozzi se concevaient par leur regard et leur imagination comme des médiateurs entre la science et le public dans un monde où la technologie échappait au commun des mortels. Selon eux, la science-fiction ne devait plus se concentrer sur l’espace et des procédés usés comme le voyage dans le temps, mais sur l’étrangeté d’un présent ultra-mécanisé et dystopique. L’historienne de l’art Valérie Mavridorakis édite une anthologie de textes de références de J.G. Ballard, Robert Smithson ou Richard Hamilton qui nous replongent dans ce moment clé des années 50 à 70 où la science-fiction a redéfini le champ théorique de l’art, lui permettant de sortir du formalisme et d’une passivité imputée au pop art américain. Les expositions This Is Tomorrow de l’Independent Group en 1956 et New Sculptures de J.G. Ballard, qui montrait des carcasses de voitures accidentées en 1970, jouent un rôle de pivot théorique dans cette approche d’une réalité née du rapport ambigu à la technologie et à la science ».

Lieux Dits, Poitiers – Lancement le samedi 4 mai 2013 à la médiathèque.

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Je rentre tout juste de Poitiers où, au sens du collectif Kom.post, j’ai conçu et réalisé le projet Lieux Dits. Ça a été un parcours long et difficile mais le résultat en valait la chandelle, et le projet ne fait que commencer car samedi avait lieu le lancement de ce qui devrait s’étaler sur un an.
Grâce à un audioguide contributif géolocalisé (sonospheres), et les parcours sonores qui en découlent, un fanZine qui permet une autre découverte de la ville, une revue en ligne pour partager les expériences, et enfin une série d’ateliers à l’EESI, le collectif kom.post propose depuis novembre 2012, une expérience d’écriture partagée de la ville de Poitiers.
À la manière d’un terrain de jeu au sein duquel chacun a un rôle à jouer, les différentes expériences vécues, sont collectées et interprétées donnant jour à une véritable éditorialisation de la ville, capable de faire parler l’espace.
Les histoires se connectent, se répondent, se complètent et dessinent, grâce aux propositions de chacun, un nouveau maillage urbain, une pratique créative et partagée de la ville, loin de la consommation habituelle.
Photos (par Sylvia et moi-même) du lancement à la médiathèque…

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A Thousand Leaves : French Tickler

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De la conservation du mille-feuille

Un projet de recherche comme Auto-archivage immédiat pose la question de son propre archivage pérenne. Comment retenir non pas les objets (virtuels ou matériels) produits – ce serait impossible de par la nature des supports utilisés [1] et dans ce cas là inutile – mais l’essence d’un tel projet?
Après réflexion je me suis fixée sur un support papier qui reste un moyen de diffusion stable (bien que moins accessible), et qui permettrait au moins de relater les enjeux et l’énergie du projet Auto-archivage immédiat.
Ce choix induit certaines contraintes, qui pourrait maintenant se résumer par la question : comment passer de contenus sur internet vers un support papier?

Dans cet objet éditorial, nous avons donc testé comment des flux pouvaient résister ou perdurer sur le papier, mais avec l’évidence que l’on ne pouvait pas opérer une simple translation d’un médium à un autre.
Si l’inverse semble couler de source – on a toujours eu ce mouvement d’aller du papier vers un média en ligne – le retour du numérique vers le papier appelle à concevoir le « livre » autrement. Je mets livre entre guillemets car je ne crois pas que l’on puisse nommer cette archive papier par ce nom, même s’il en possède les qualités formelles (matériaux, reliure, une certaine linéarité au premier abord, outils synchroniques..).
Alors, ici la question sous-tend toujours : comment définir cet objet, comment s’y prend-on pour « transcrire » des contenus en ligne, avec tout ce qu’ils possèdent d’In Absentia. Comment visualiser ce qui se cache derrière un lien, comment retranscrire une vidéo, une animation-transition en mouvement, les multiples couches qui constituent un site, ou encore le montage tellement particulier d’une navigation hypertextuelle?

Peut-être le livre d’artiste serait-il un paradigme intéressant par son approche. En tout cas, il offrirait des pistes de réponses sur ce que l’on peut développer lors d’un passage internet > papier. Il évite en effet souvent des choses telles que le codex, la pensée linéaire, la narration illustrative, la mise en page normée, la rigidité monolithique du livre, ce que nous voulons a tout pris éviter.
Il n’est pas étonnant que les objets sur lesquels je travaille actuellement, celui-ci en particulier, sont surtout des objets conceptuels. Ils font donc directement référence à cette période artistique qu’est l’art conceptuel : notamment dans la place qu’y occupe la textualité [2] et la tautologie, forcément présente dans l’archivage d’un projet sur l’archivage.

__
« Free time, free time
Did I mention that you control me
Free time, free time
The merest endeavor slightly forever
Mille feuille Mille feuille Mille feuille »

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[1] qui regroupe notamment écritures, lectures préformées, flux, agrégations, montages par métadonnées

[2] le texte en tant qu’il est écrit, le texte comme process, le texte devenant image, le texte comme élément à la fois structurel, abstrait et formel

 

De la revue en ligne au fanZine

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Depuis quelques temps tous mes projets semblent converger vers un même interrogation : comment passer de contenus sur internet vers un support papier?
Le projet de recherche « Auto-archivage immédiat » a tout d’abord questionné le passage de contenus matériels (souvent papier) vers internet, ainsi que les enjeux et nouveaux status de ces archives soumises à des flux, agrégations, montages par métadonnées.
Dans un deuxième temps du projet, il était logique de voir comment ces flux pouvait résister ou perdurer sur le papier, et nous avons commencer une édition qui est en cours. Néanmoins, il était évident que l’on ne pouvait pas opérer une simple translation d’un médium à un autre.
D’un autre côté, depuis quelques mois je travaille, avec le projet Lieux Dits, à une « éditorialisation de la ville » par le biais d’une revue en ligne et d’un fanzine papier générer directement et mis en page automatique par la navigation et la consultation de contenus par l’internaute.
Tout converge et je ne suis pas surprise par cette interrogation, elle a effectivement à voir avec l’idée de translation et de traduction qui m’habite depuis toujours, et je pense qu’elle va même au delà de ces questions :
Si l’inverse semble couler de source – on a toujours eu ce mouvement d’aller du papier vers un média en ligne – le retour du numérique vers le papier appelle à concevoir le « livre » autrement. Je mets livre entre guillemets car je ne crois pas que l’on puisse nommer ce nouvel objet papier par ce nom, même s’il en possède les qualités formelles (matériaux, reliure, une certaine linéarité au premier abord, outils synchroniques..).
Alors, la question qui sous-tend est : comment définir cet objet, comment s’y prend-on pour « transcrire » des contenus en ligne, avec tout ce qu’ils possèdent d’In Absentia. Comment visualiser ce qui se cache derrière un lien, comment retranscrire une vidéo, une animation-transition en mouvement, ou encore le montage tellement particulier d’une navigation hypertxtuelle?)
Alors peut-être le livre d’artiste serait-il le paradigme le plus proche. En tout cas, il permettrait des pistes de réponses sur ce que l’on peut développer lors d’un passage internet > papier. Car en effet, il évite souvent des choses telles que le codex, la pensée linéaire, la narration illustrative, la rigidité monolithique du livre.
Il n’est pas étonnant que les objets que sur lesquels je travaille actuellement sont surtout des objets conceptuels et font référence à cette période artistique (« l’art comme idée en tant qu’idée »), et je le fais donc à la fois par choix et par « commodité naturelle » vis à vis des relations que existent entre entre ses 2 typologies.

Même s’il est quasi impossible de rendre l’expérience d’une lecture/consultation de ce type de contenus, voici quelques images du fanZine en tout début de gestation, ainsi que le livre auto-archivage immédiat, en cours. Ces images sont bien à prendre comme uniquement une entrée visuelle/graphique de ces objets, et ne représentent pas du tout l’articulation entre les contenus et la forme choisie.

Aubamo : 200 personnes + Net.art is not dead

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Des photos du vernissage de l’exposition Aubamo, qui réunissait David Poullard, Grégoire Romanet, Pierre Di Sciullo après vous et moi-même, ce vendredi 15 février à la Galerie Plateforme.
La soirée du vernissage a été incroyablement agréable et Lola Burgade (une de mes étudiantes de 5ème année et jeune artiste prometteuse) a été comme un poisson dans l’eau lors de ses 2 courtes mais intenses performances, pendant lesquels le public est resté silencieux et le temps suspendu..

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Cette exposition a lieu 2 ans après « Bonus Track » ma dernière exposition là-bas, et c’est le même plaisir, intacte, de faire les choses dans ce lieu, tenu par des artistes (entre autre Cécile Azoulay, François Ronsiaux, Cécile Babiole…)
J’aime les espaces gérés par les artistes : ils restent les meilleurs endroits où échanger des idées, partager le travail, rencontrer l’autre. Tous ces lieux que j’ai connus (Paris Project Room, Public, Béton salon, Visite ma tente) et ceux qui persistent encore (Marks Blond, Plateforme), et quelque soit leur dénomination (Artist run space, Off space, centres d’artistes autogérés) permettent à la fois dans une grande rigueur vis à vis du travail (sans jamais être dans quelque chose de rigide) une ouverture et un potentiel d’expérimentation que je ne retrouve que dans peu de lieux institutionnels ou galeries privées. Ce sont ces lieux que je préfère et ils font parti de ma famille artistique.
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Net art is not dead (but in a commercial gallery).
Une semaine après – hier soir donc – je me suis rendue à la galerie xpo, pour voir « Offline Art : new2 ».
Un exposition dont le commissariat a été assurée par Aram Bartholl, avec les artistes : Cory Arcangel, Kim Asendorf, Claude Closky, Constant Dullaart, Dragan Espenschied, Faith Holland, JODI, Olia Lialina, Jonas Lund, Evan Roth, Phil Thompson, Emilie Gervais & Sarah Weis. (Autant dire, un peu la Dream Team, autant du côté du commissariat qu’en terme d’art sur internet).

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L’intérêt de cette exposition réside surtout dans le fait que rien n’apparait dans la galerie si ce ne sont des modems accrochés au mur.
Pour visionner les œuvres en ligne, il faut sortir son téléphone (ou pour les rare personnes qui comme moi n’ont pas de smartphone, leur ordinateur) pour se connecter au signal envoyé par chaque modem, modifié pour ne donner accès qu’à un seul travail qui porte le nom de l’artiste.
J’ai aimé cet extrémisme esthétique et fonctionnel : ne voir que les modems alignés le long des murs, chacun avec sa personnalité (un genre de portrait chinois), se connecter pour accéder à une œuvre…

Bien sur il  y avait pleins de gens que je connaissais, mais je ne suis pas restée très longtemps. Contente de ce que j’avais vu, je suis rentrée à pieds, habitée par ce que je venais de voir.
En marchant, malgré le fait que j’ai apprécié la qualité de cette exposition, mes réflexions m’ont poussées à déplorer le fait que peut-être, elle ne fonctionnait pas complètement. Cette idée a émergée quand j’ai pensé que le vernissage, comparé à celui de la semaine dernière à Plateforme, n’avait pas été des plus joyeux, et que si la connexion fonctionnait, la rencontre, elle, n’avait finalement pas eu lieu. Il en ressortait que l’idée de communauté qui (pour moi) a toujours accompagné le net.art, semblait absent de celui-ci.
Est-ce le côté individualiste du smartphone qui engendre cela : chacun dans son coin, sur un écran réduit, à regarder une œuvre, de manière individuelle, fermée, sans échanges.
Est-ce cela internet vu par ses artistes ?
Je me suis mise à penser qu’un dispositif simple aurait pu court-circuiter cet individualisme ambiant : un espace de rencontre, sous la forme d’un grand sofa minimaliste, assez bas et sans dossier, au centre de la pièce du fond. Une zone qui n’aurait pas fait concurrence à l’installation et qui aurait favorisé le dialogue. J’imaginais les gens les uns à côté des des autres, qui peut à peut se laissent aller et regardent par dessus l’épaule de la personne assise à côté, et engage la discussion.

J’ai repensé à la dernière phrase de Olia Lialina qui a introduit cette soirée : « ils faut continuer à aller dans les cybercafés, ce sont ces endroits qui sont importants ».
Elle avait bien raison. Pour voir du net.art, allons au cybercafé.

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Lieux Dits

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Quelques écrans du site/revue en ligne (conçue cette été à Briant en collaboration avec Laurie Bellanca), sur laquelle je travaille avec Grégoire Romanet dans le cadre de la direction artistique que Jérome Delormas a confié à Kom.post pour un projet d’éditorialisation de la ville de Poitiers. Le projet porte désormais le nom de « Lieux Dits ».

En première lecture, quand l’internaute arrive sur le site, une carte chronologique apparaît sous un aspect de spirale (que l’on peut agrandir avec le petit outil du bas).
Comme ce site est évolutif en fonction de la participation des habitants de Poitiers, petit à petit l’ensemble des contributions/cellules viendra dessiner la grande nébuleuse du « Lieux Dits », cela en partant du centre et par effet de contamination.
En seconde lecture, quand on rentre dans les contenus, la carte se réorganise pour mettre au centre les contributions connexes, selon les métadonnées disponibles (lieu, date, mots clés, articles connexes).
En dessous, la partie edito, qui changera chaque mois, et un tout début de la partie Fanzine.. Cette semaine, je m’attèle à la partie Fanzine pour de bon, avec notamment un atelier avec les étudiants, à l’EESI Poitiers.

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fanzine

Science Po

Je serais dès janvier et ce pour un semestre, invitée à enseigner avec Dominique Moulon un atelier commun à Science Po Paris. Le cours, intitulé « nouveaux médias, nouvelles écritures » permettra aux étudiants, grâce à deux pratiques complémentaires (un critique, une artiste), de détourner les services de l’Internet 2.0 pour faire œuvre. Leurs expérimentations seront documentées sur un blog de recherche dédié à l’acquisition des cultures numériques. Et c’est l’une de ces expérimentations qui les conduira à réaliser la création en ligne qu’ils devront présenter à l’écran en fin d’atelier.
Descriptif ICI.

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Lieux dits – Poitiers

Collecter et éditorialiser la ville grâce à différents dispositifs : Une sonosphère / une revue contributive en ligne / des ateliers / des fabriques du commun / des performances / des séances d’écoute collective / des créations sonores et plastiques singulières, un fanzine…
Comment habite-t-on aujourd’hui ? A quoi ressemble l’expérience d’un corps, toujours déjà pris dans un tout : la ville, son territoire, ses habitants… ? Et comment rendre à chacun la possibilité :
De se réapproprier, intimement, ce collectif qui le constitue autant qu’il le constitue.
De le rencontrer, au delà des terminologies génériques, dans l’intimité d’une relation interindividuelle qui se construit à la manière d’une conversation ?
De voir la ville se redessiner comme un langage, une narration voire une fiction déjouant toute «carte établie » (sociale, politique, économique, urbanistique….) dans la création progressive et collaborative de cartographies sensibles, individuelles et collectives ?

Je travaille en ce moment avec Grégoire Romanet à un projet d’éditorialisation de la ville de Poitier. Ce projet fait suite à une invitation de Jérome Delormas au collectif Kom.post. Dans ce cadre, j’ai proposé un atelier Fanzine à l’EESI, puis dans le cadre du projet global, de concevoir une revue/fanzine en ligne.
Dans cette revue, la navigation (basée sur un principe sonore) permettra une promenade dans les différents contenus (textes, images, sons) collectés. La navigation elle-même, unique pour chaque internaute, sera mise en mémoire et pourra ainsi donner lieu à la création d’un fanzine, généré automatique depuis les contenus consultés en ligne, et dont la mise en page sera automatisée et variable, grâce aux métadonnées disponibles. Chacun pourra donc imprimer son propre Fanzine papier, soit chez soi, soit sur des postes de consultations (scéno-graphiés par Grégoire).
Pour moi le véritable enjeux de ce projet est bien là : comment passer, enfin, d’internet au papier? Comment faire que l’un soit le prolongement de l’autre, sans que l’opposition de ces deux médiums ressurgisse toujours?
Le projet durera 6 mois, et se terminera par un événement, une fête à l’échelle de la ville, sur trois jours. RDV fin mai.

Images des recherches pour l’arborescence du site internet.

Auto-archivage immédiat comme œuvre, dernier RDV

La semaine du 10 décembre verra le point final de 2 années de recherches sur ce que j’ai appelé l’auto-archivage immédiat. Ce projet a impliqué entre autre : Reynald Douhin, Gwenola Wagon, Dominique Moulon, Sylvie Ungauer, Thomas Daveluy, Karine Lebrun, Yannick Liron, et des étudiants de l’EESAB (ainsi que pleins d’artistes lors d’un séminaire à l’EESAB Lorient : Damien Schultz, Jean-Noël Lafargue, Yann Sérandour, Manuel Schmalstieg, Hasan Helahi entre autres…).
Pour clôturer la ligne de recherche nous ferons une présentation des divers projets réalisés (le but avoué de celle-ci était la production d’œuvres liées à l’auto-archivage immédiat), mais aussi de manière un peu plus distanciée et réflexive, la présentation portera sur le contexte et les modalités d’une recherche dans les écoles d’art. Cette présentation aura lieu salle Malraux, au Ministère de la Culture (la ligne avait été soutenue par le conseil scientifique de la recherche du Ministère) le lundi 11 et le mardi 12.
Le reste de la semaine se passera à l’atelier à la Gaité Lyrique, et sera consacré à la conception d’une édition qui donnera un aperçu de cette recherche.
Cette nouvelle aventure éditoriale augmentera la recherche de pistes encore non suivies et l’ouvrira à des potentiels encore non explorés, et permettra d’intégrer d’autres points de vues, d’autres propositions (critiques ou plastiques) d’artistes qui n’ont pas forcément pris part à celle ci. La forme que va prendre cette édition est encore à inventer (nous sommes déjà passés par la présentation des résultats de recherche via un site internet et la synthèse du séminaire via un numéro de la revue Pratiques qui paraitra début 2013) mais l’objectif est clair : l’objet et les outils formels à disposition ont pour fonction de rendre clair et réinterroger, voir réactiver les problématiques développées pendant ces deux années. Nous traiterons donc des changements de paradigmes de la mise en mémoire (archives) et de sa diffusion/de son accès face aux flux des supports artificiels de mémoire, et notamment l’appropriation par les artistes de ces supports.

Quelques photos de l’atelier en cours :

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Et en attendant la fin de cette publication, la revue Pratiques consacrée au séminaire sur le même sujet devrait sortir début janvier.

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Programmation Upgrade! Paris à la Gaité Lyrique / « Littérature SF & Art numérique – De l’invasion du fantastique dans la vie réelle »

RDV à la Gaité Lyrique le mardi 20 novembre à 19h.
À l’occasion de la sortie du numéro hors-série « Sous Influence », je programme avec la collaboration de Jean-Noël Lafargue une soirée Upgrade! Paris.
Cette session proposera quelques pistes d’investigations sur l’irruption, mine de rien, du fantastique dans notre vie quotidienne, où quand les choses semblent un peu sur la frontière et que l’on a des doutes, ou au contraire explosent carrément vers l’apocalypse… :
La littérature SF et les arts ont toujours entretenues des relations de voisinages, cette soirée, envisage un des aspects souvent développés par ses deux champs artistiques : l’invasion du fantastique dans la vie réelle. Réunissant performeurs, artistes et théoriciens cette session de Upgrade! Paris remontera le temps ou anticipera sur celui ci pour tisser des liens et explorer de possibles trajectoires entre ces différentes formes d’écritures.

> Au programme :
19h30 : « Le cri de Godzilla », performance de Christophe Fiat
20h15 : « L’Homme le plus doué du monde », conférence de Jean Noël Lafargue
21h : « Living in the Ice Age », film de Thomas Léon
21h40 : « De Masticatione mortuorum in tumilis », conférence de Damien Simon
22h30 : « Du Cyberpunk à l’Iphone5 (le réel de la fiction.) », présentation de Adelin Schweitzer

Expérience du récif

Julie Morel - "expérience du récif" - édition Expérience du récit

Il y a quelques semaines, Yannick Liron m’a demandé de participer à une édition qui portera le nom de « Expérience du récit », et qui sortira en début d’année. Soit 12 pages pour raconter son point de vue sur le récit et la narration.
J’ai travaillé cette semaine à ma proposition, qui elle portera le nom de « l’expérience du récif » ; )
Le texte d’introduction et quelques images en cours…

Julie Morel - "expérience du récif" - édition Expérience du récit

Expérience du récif, Julie Morel

Julie Morel - "expérience du récif" - édition Expérience du récit

 

Auto-archivage immédiat


Genèse de la ligne de recherche

La fin de l’année 2004 a vu pour moi la création d’un blog. Depuis 1996, je possédais plusieurs sites internet : une plateforme collaborative avec le collectif incident.net, des sites qui étaient des pièces artistiques en tant que telles, et un site internet personnel, galerie « obligatoire » de projets archivés.
La fonction de ce dernier site n’était pas satisfaisant : j’écrivais sur des pièces et projets déjà réalisés alors que j’aurais préféré parler de recherches en cours. Petit à petit, la partie carnet de notes que je développais en parallèle a prise de l’ampleur mais la lourdeur de la réactualisation régulière de pages en Html rendait les choses difficiles.
Je me suis penchée sur les éditeurs en ligne mais j’avais un apriori sur les blogs en ce qu’ils délocalisaient le contenu depuis mon ordinateur vers un serveur que je ne pouvais pas maîtriser complètement[1], rendant les données encore plus immatérielles puisque contenues dans une base de données et non dans un fichier « en dur ».
Un autre à priori était d’ordre méthodologique : le blog mettait à disposition immédiatement la chose écrite, sans filtre. Paradoxalement, partager une pensée en train de se construire me paraissait une bonne chose, de même que pouvoir la commenter, la remettre en jeux et la confronter (individuellement mais aussi collectivement) à d’autres manières de faire.
C’est à ce moment que j’ai pris connaissance du texte de Michel Foucault « L’écriture de soi », qui traite notamment des hupomnêmata[2] et la manière dont la culture gréco-romaine les utilisait.

Le texte de Foucault a considérablement raisonné, notamment dans l’analogie que l’on pouvait naturellement construire entre hupomnêmata et ce que potentiellement un blog (ou tout autre support artificiel de mémoire électronique partageable) offre de plus riche : une mémoire matérielle ouverte à utiliser comme une boite à outils pour la réflexion, la méditation et l’échange avec soi-même et avec l’autre.
Cette analogie m’a donné une méthode ; elle m’a poussée à envisager le blog comme un outil. Un outil pour pratiquer une pensée critique attachée à un projet artistique en train de se faire, pour développer un mode d’écriture non figé qui ne fait pas l’économie de la fragilité d’une réflexion en cours, et assumer les retours que ce mode d’écriture suscite une fois livrée.

Chaque type d’outils engendrent des objets spécifiques, et après quelques mois de pratique du blog j’ai observé l’objet que j’avais produit et sa nature.
Après réflexion, le dispositif stockait et classait (de manière chronologique, par catégories, par mots clés, etc.) automatiquement mes idées, mes productions, ainsi que toutes sortes de médias et données qui m’importaient : j’archivais mon travail d’une façon systématique et immédiate. De fait, cet auto-archivage pouvait bien produire une esthétique en temps que telle.
J’ai décidé d’appeler cette pratique l’auto-archivage immédiat.
Le terme auto renvoyait à l’automatisation du traitement des médias et données, son stockage et son archivage par l’éditeur en ligne, et à autonome : dans ce qu’elles pouvaient être reprises (flux RSS par exemple) et/ou réutilisées (mashups[3]). Ce terme « auto » n’était donc pas à prendre en premier lieu comme relatif à une pratique personnelle (comme dans « auto-portrait » par exemple), il n’était pas question ici de faire un « récit de soi-même »[4].
Ainsi jour après jour, je produisais un nouveau type d’archive : une archive immédiatement consultable, échangeable et contribuable (dans le cas d’éditeurs de textes à plusieurs contributeurs, ou dans la possibilité d’ajouter des commentaires), une archive performative, une action.



[1] À l’heure où j’écris ce texte, mon site internet a été « hacké » et toutes mes données sont inaccessibles, voire pour certaines perdues. La question de la perte, et donc de la conservation des données reste centrale dans l’archivage en ligne. Mais on peut aussi se poser la question autrement : de tels contenus sont-ils destinés à être conservés ?

[2] Supports artificiels de mémoire. (voir M. Foucault – « L’écriture de soi », texte reproduit dans « Théorie »)

[3] En Français application composite. C’est à dire une application qui combine des contenus provenant de plusieurs sources déjà existantes. Par exemple dans le cas du site internet, le fait d’agréger des contenus provenant d’autres sites afin d’en créer un nouveau.

[4] « Aussi personnels qu’ils soient, ces hupomnêmata ne doivent pas cependant être pris comme des journaux intimes (…). Il ne constitue pas un « récit de soi-même » ; ils n’ont pas pour objectif de faire venir à la lumière du jour les arcana conscientiæ dont l’aveu – oral ou écrit – a valeur purificatrice. Le mouvement qu’ils cherchent à effectuer est inverse de celui-là : il s’agit non poursuivre l’indicible, non de révéler le caché, non de dire le non-dit, mais de capter au contraire de déjà-dit, rassembler ce qu’on a pu entendre ou lire, et cela pour une fin qui n’est rien de moins que la constitution de soi. » (M. Foucault – « L’écriture de soi », dans Dits et écrits, p.1238).

 

Appel à projet pour la ligne de recherche de l’EESAB,

Appel à projet EESAB Géographies variables

Voila trois ans que je développe des projets de recherches au sein de l’EESAB où j’enseigne. Malgré le fait que le mot recherche est soudainement été appliqué, sans filtre, sans définition et de manière brutale au monde des écoles d’art, je me suis engagée dans cette direction, y voyant une opportunité de dialogues entre les écoles et le monde de l’art et sa réalité, quelque chose à détourner de façon positive. En cela le premier projet de recherche « de l’auto-archivage comme œuvre » a été un vrais succès : une collaboration avec pleins d’artistes, critiques et d’étudiants. Le deuxième ligne de recherche commencera début 2103. Elle découle d’une certaine manière de pratiquer, que j’ai expérimentée ces dernières années : la résidence. Et notamment des résidences dans des milieux non artistiques, parfois même dans des milieux extrêmes, voir hostiles. Et cela sur des périodes parfois assez importantes (entre 1 mois et 1 an).
La résidence s’est imposée à moi comme un moyen cohérent de produire de l’art, parfois matérialisé par des œuvres, parfois non. La résidence m’est apparu comme un possible quand j’ai compris que la pratique d’atelier ne me poussait pas forcément vers une recherche de fond (qui ne demande pas de lieu, mais bien une quotidienneté de celle-ci), voir qu’elle figeait ma pratique, jusqu’à la rendre confortable – dans le mauvais sens du terme..
J’ai donc abandonné mon atelier et travaille contextuellement depuis 5 ans. J’ai aussi créé le programme de résidences Géographies variables dans le même but : donner la possibilité à d’autres de confronter leur pratique artistique à la réalité d’un lieu, d’un contexte, d’une population ou d’un autre artiste, in situ.
Aujourd’hui donc je commence, à l’EESAB, une nouvelle version de Géographies variables (sans abandonner la précédente, qui continue entre le Québec et la France) qui prendra des aspects pédagogiques, de commissariat et bien sur de production d’œuvres. La question principale de cette recherche sera : qu’est-ce qu’une résidence? Voici de possibles éléments de réponse, que j’introduis dans l’appel à projet :

Pratiquer le dispositif d’une résidence c’est expérimenter une hétérochronie, c’est à dire faire l’expérience d’un temps en rupture par rapport au temps traditionnel. L’hétérochronie est une expression limitrophe au concept foucaldien d’hétérotopies : un seul lieu réel qui a le pouvoir de juxtaposer plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles [1].

La résidence est une hétérotopie. Elle est aussi l’occasion d’une double mutation : celle des personnes qui la pratiquent, et celle du territoire/milieux qui l’accueille. Pour l’artiste, elle modifie une façon de voir les choses en l’obligeant à réagir et à s’interroger de façon inhabituelle, contextuellement. Pour le milieu dans lequel elle s’insert, elle opère un processus de redéfinition par divers procédés : description, détournement, déconstruction, prolongement, reconstitution…

La ligne de recherche Géographies variables va questionner cela en s’articulant autour de la forte connexion d’expériences vécues par les artistes invités et la direction scientifique. Ces artistes ont en effet à leur actif des résidences de recherche et création hors-normes : inSitu, dans des environnements extrêmes, variables, souvent non spécifiques à l’art. On peut citer : la mission Tara ou des missions sur les îles Tristan da Cunha ou Clipperton, des résidences sur les îles Kerguelen, ou encore des projets développés sous terre… Ainsi tous ont produit des dispositifs et/ou stratégies artistiques interrogeant à la fois la pratique de l’art en résidence et son encrage dans un lieu et un contexte précis.
Ils partiront de ces expériences antécédentes pour interroger la résidence sous l’angle d’une hétérotopie. La recherche portera donc autant sur l’exploration d’une résidence artistique, sur son statut, que sur son territoire de déploiement (physique, humain, sociologique).
Cette connaissance pragmatique par les artistes sera complétée par d’importantes interventions de critiques ou curateurs spécialisés dans ses questions de création dans des environnements hors-normes. Ces intervenants viendront interroger et théoriser les productions artistiques en cours.
Cette recherche convoquera naturellement différents médiums et champs artistiques : espace de l’installation, performance, écritures (critique, littérature), vidéo, nouvelles technologies et espace virtuel.
Ouverte, elle tendra se placer à la croisée d’autres champs disciplinaires : architecture, histoire, sociologie, géographies, philosophies.

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Ci dessous, l’appel à projet pour sélectionner 3 jeunes artistes pour le programme de recherche, qui sera diffusé dans quelques jours..

 

Appel à projet EESAB Géographies variables

Appel à projet EESAB Géographies variables

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[1] « Mais ce qui m’intéresse, ce sont, parmi tous ces emplacements, certains d’entre eux qui ont la curieuse propriété d’être en rapport avec tous les autres emplacements, mais sur un mode tel qu’ils suspendent, neutralisent ou inversent l’ensemble des rapports qui se trouvent, par eux, désignés, reflétés ou réfléchis. Ces espaces, en quelque sorte, qui sont en liaison avec tous les autres, qui contredisent pourtant tous les autres emplacements, sont de deux grands types.
Il y a d’abord les utopies. (…) C’est la société elle-même perfectionnée ou c’est l’envers de a société, mais, de toute façon, ces utopies sont des espaces qui sont fondamentalement essentiellement irréels.
Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui sont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables.» Michel Foucault « Des espaces autres », dans Architecture, Mouvement, Continuité (1984).

Protocoles / énnoncés – A Pyrrhic Victory

Suite à la production et l’exposition de ma pièce « A Pyrrhic Victory » au BBB, Cécile Poblon et moi-même nous sommes posées la question de la mise en place d’un protocole pour la vente et/ou reproduction de celle-ci. La question du protocole (ou énoncé), notamment dans ce que l’art conceptuel a pu mettre en place, m’a toujours attirée et posée question : à la fois outil, œuvre, parfois les deux, constitués de mots, le protocole interroge via une description la possibilité d’une production, ou d’une reproduction.
Il s’agirait donc de la description d’un ensemble de règles* qu’un artiste ou collectif définit pour réaliser une œuvre ; et ses descriptions ont un côté réflexif, affirmatif (elles définissent une sorte de manifeste appliquée à une œuvre – le mot « statement » en anglais porte bien plus ce sens que le mot français « énoncé ») et un côté pratique (permettre à l’artiste, s’il le désire, de faire exécuter ou reproduire son œuvre par un autre).**
Définir un protocole ou un énoncé pour A Pyrrhic Victory représente une ré-interrogation de la pièce elle-même, dans ses limites et frontières notamment, qui sont une partie intrinsèque de cette pièce qui parle avant tout de territoire et de stratégie des espaces (du nom de l’exposition du BBB, pour laquelle elle fût originellement produite).
Dans un premier temps, j’ai décidé de m’en tenir aux faits : quelques sont les composantes formelles de l’œuvre (matériaux, dimensions, couleurs), le contexte « minimum » dans lequel elle doit s’inscrire, quelles sont les règles qui définissent précisément la pièce sans la figer?


A Pyhrric Victory :

1. Le protocole s’accompagne du texte original, ainsi que d’un pantonier, d’un plan de découpe en fichier vectoriel, d’une image « suggestion de présentation » au format .jpg (on peut aussi penser à l’impression HD de l’image et du plan).
Tout protocole ne comprenant pas ces 4 éléments est rendu caduque.

2. Description générale de la pièce :
La pièce est constituée d’une moquette (bleue claire) recouvrant le sol de l’espace exposition, et d’une découpe laser de 2 morceaux de moquette imbriqués (l’un jaune et l’autre clair) représentant le plan de l’île de Clipperton.
Cette pièce a pour but de transformer un espace et l’appréhension qu’on peut en avoir : c’est l’insertion, dans un espace, du plan de Clipperton (petite surface « furtive ») qui détermine la disposition de immense applat de moquette bleue. (formulation à revoir, je n’en suis pas trop contente).

3. Condition de réalisation de la pièce :
– Le fichier illustrator permet la découpe laser des moquettes jaunes et grises. La taille de l’île est fixée par le fichier illustrator, soit 70cm x 1m environ.
– Couleur de la moquette : bleu, jaune, gris (Ref. Pantone) . Nous recommandons les moquettes suivantes (ref. des moquettes et fournisseurs).
– Taille minimum des laies de moquette : 5m.

4. Condition de démonstration de la pièce :
– Condition minimal de réalisation :
• On entend par espace d’exposition tout lieux public ou privé.
• La surface minimale de l’espace d’exposition pour la pièce est de 35m2. Il n’y a pas de surface maximale.
• La moquette bleue doit recouvrir toute la surface de l’espace où elle est exposée. La moquette et tous les murs sont bord-à-bord.
• Aucune autre œuvre ne peut être disposée sur la moquette. (Dans le cas d’une acquisition privée, les meubles peuvent être disposés sur la moquette).
• Une distance d’au moins 6m doit être comprise entre la découpe de l’île et toute œuvre au mur. Les œuvres au mur ne peuvent pas toucher la moquette (distance minimum 30cm).
• Position de la découpe de l’ile : l’île ne doit pas être située à moins de 3m d’un mur ou d’un meuble.
– Selon le budget de production, la découpe de l’île peut être intégrée à la moquette bleue, ou bien collée dessus la moquette bleue.
– La pièce reproduite est accompagnée du texte original.

 


Avant la rédaction du protocole A Pyrrhic Victory, j’ai listé quelques exemples de protocoles/énoncés que j’aime particulièrement…
– Laszlo Moholy-Nagy (Telephone Paintings, 1924) commande par téléphone à un fabricant d’enseignes, des peintures en se servant de référence standardisées de couleurs. Ces peintures auront pour titres des numéros, en référence à des numéros de fabrication.
– Sol Lewitt (Wall Drawing, 1970) donne le droit à l’acquéreur d’une œuvre (une notice et un certificat) d’exécuter « Des lignes droites de différentes longueurs, dessinées au hasard, en utilisant quatre couleurs uniformes se dispersant avec une densité maximale recouvrant la surface entière du mur ».
A propos d’un énoncé de travail, Sol Lewitt écrit : « Quand un artiste utilise une forme conceptuelle d’art, cela signifie que tout est prévu et décidé au préalable et que l’exécution est affaire de routine. L’idée devient une machine qui fait l’art. Ce genre d’art n’est pas théorique; il est à base d’intuition, il est lié à toutes sortes de processus mentaux et ne poursuit aucun objectif. Il ne dépend généralement pas de l’habileté manuelle de l’artiste ».
J’aime bcp cet article baptisé Do-it Yourself Sol Lewitt Wall Drawings.

– Vito Acconci (Following Piece, 1969) est un type de protocole plutôt classique (ou l’artiste définie le protocole et l’applique lui-même) ou il choisit un passant au hasard et suit cette personne jusqu’à qu’elle entre dans un espace privé.
– Lawrence Weiner (Blocked Off With, 1979) n°465 du catalogue des énoncés.
Cette pièce actualisée selon l’une des trois propositions fondant le principe du travail et sa relation au contexte d’exposition :
1. L’artiste peut construire le travail
2. Le travail peut être fabriqué
3. Le travail peut ne pas être réalisé
Chaque proposition étant égale et en accord avec l’intention de l’artiste, le choix d’une des conditions de présentation relève du récepteur à l’occasion de la réception.
Cette formulation que l’on trouve dans le Specific and General Works de Lawrence Weiner distingue nettement la « construction » de l’œuvre, qui relève de l’artiste, la « fabrication », qui est une possibilité offerte au « récepteur à l’occasion de la réception », et enfin la « non-réalisation » : cette troisième proposition est en réalité la plus simple, paradoxalement, à « réaliser » puisqu’au « travail », c’est-à-dire au référent que décrit l’énoncé, elle permet de substituer l’énoncé lui-même, qui est alors peint directement sur le mur, avec une police de caractères et une couleur définies initialement par Lawrence Weiner.
> voir l’article du Frac Bourgogne, très bien écrit sur cette pièce.
> Le numéro de la revue Pratiques, autour des énoncés et de leur réactivation lors d’un atelier à l’EESAB-Rennes.
– stanley brouwn, (casier en métal, 1000 fiches, 1974), propose des « marches programmées » ou l’espace est déterminer par la mesure, sous forme de segments de pas (distances de marche et les mesures de distance). Les fiches contenues dans le casier sont utilise comme support qui donne une lisibilité optimale des distances grâce à leur caractère standardisé et systématique.


Sol Lewitt – Wall Drawings

Sol Lewitt - Wall Painting 1975
Sol Lewitt – Wall Drawing 273 (lines to points on a grid) –

*La semaine dernière, lors d’une promenade en forêt, très « rousséene », avec Claire Grino (philosophe) nous avons discuté de la fracture qui existe entre sciences molles et sciences dures depuis l’époque des lumières, et des conséquences très contemporaines notamment cette (mauvaise) habitude de certaines institutions de l’art de se référer aux sciences dures dès qu’il s’agit de recherche appliquées ou tangibles. J’ai donc pris le temps à l’écriture de cet article sur le protocole – une pratique plutôt conceptuelle – de me pencher sur sa définition scientifique ; )
En science, la méthode expérimentale est une démarche « qui consiste à tester par des expériences répétées la validité d’une hypothèse en obtenant des données nouvelles, qualitatives ou quantitatives, conformes ou non à l’hypothèse initiale » et le protocole expérimental la « description précise des conditions et du déroulement d’une expérience qui permet d’aboutir à des résultats exploitables ». C’est donc un acte pratique, qui découle d’expérimentations, parfois empirique.

** Scénario, partition, récits autorisés sont aussi des termes employés, avec des nuances car ils impliquent aussi un autre point de vu..

Vacances en gaité

Un petit article pour annoncer qu’après 4 mois de vadrouille sur la planète j’ai enfin pu prendre mes marques pour la résidence Upgrade! à la Gaité, qui durera un an et programmera en partenariat avec Dorkbot et Devart des laboratoires ouverts autours des arts num..
Trois jours de travail au frais donc pour avancer sur la programmation de l’Upgrade du 20 novembre (la page est là mais pas encore les infos ..suspens!) sur les passerelles entre littérature SF et arts num.
L’atelier est au 6ème étage, juste à côté de la table de ping-pong, mais par encore eu le temps de jouer :)

Retour fin septembre… avec l’upgrade! organisé par Marika et Catherine : ici.