Archive mensuelles: août 2007

Paul Auster, Humpty Dumpty & the Power of Words

– The initials HD in the name Henry Dark refer to Humpty Dumpty.
– Who?
– Humpty Dumpty. You know who I mean. The egg.
– As in « Humpty Dumpty sat on a wall? »
– Exactly.
– I don’t understand.
– Humpty Dumpty: the purest embodiment of the human condition. Listen carefully sir. What is an egg? Is it that which has not yet been born. A paradox, is it not? For how can Humpty Dumpty be alive if he has not been norn? And yet, he is alive – make no mistake. We know that because he can speak. More than that, he is a philosopher of language. « When I use a word, Humpty Dumpty said, in rather a scornful tone, it means just what I choose it to mean – neither more nor less. The question is, said Alice, whether you CAN make words mean so different things. The question is, said Humpty Dumpty, which is to be master – that’s all. »
– Lewis Carroll.
– Through the Looking Glass, chapter six.
– Interesting.
It’s more than interesting, sir. It’s crutial. listen carefully, and perhaps you will learn something. In his little speech to Alice, Humpty Dumpty sketches the futur of human hopes and gives the clue to our salvation: to become master of the words we speak, to make language answer our needs, Humpty Dumpty was a prophet, a man who spoke truths the world was not ready for.
– A man?
– Excuse me. A slip of tongue. I mean an egg. But the slip is instructive and helps to prove my point. For all men are eggs, in a manner of speaking. We exist, but we have not yet achieved the form that is our destiny. We are pure potential, an example of the not yet arrived. For man is a fallen creature – we know that from Genesis. Humpty Dumpty is also a fallen creature. He falls from his wall, and no one can put him back together again – neither the king, nor his horses, nor his men. But that is what we must all now strive to do. It is our duty as human beings: to put the egg back together again. For each of us, sir, is Humpty Dumpty. And to help him is to help ourselves.
– A convincing argument.
– It’s impossible to find a flaw in it.
– No cracks in the egg.
– Exaclty.
– And, at the same time, the origin of Henry Dark.

Paul Auster, City of Glass, Chapter 9.

Du prototype au paysage

Petit clin d’œil. Le 14 août dernier, Nicolas Tilly m’envoie un mail pour que l’on se rencontre, car son travail semble proche du mien. À mon retour, je passe un peu de temps sur son blog, qui présente ses travaux en cours et ceux déjà exposés.
J’aime particulièrement « le crapaud », par sa simplicité, cette pièce se situe à mi-chemin d’une maquette et d’une sculpture, elle impose sa vision hybride entre paysage et animal, sans décorum. « La forme du paysage » m’interpelle aussi…

Un lien, donc, à ajouter à notre projet iceberg.
> http://www.espacedubug.com

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Icebergs, split screens et dérive identitaire

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Autre référence, Marie me fait découvrir le travail “True North”, d’Isaac Julien, un travail de ré-interprétation méditatif de l’aventure au grand nord de l’explorateur Matthew Henson. Le travail est un mélange de moments kitchs (à voir la thématique, je doute que ce soit voulu ?) et sublimes, un montage fragmenté grâce au split screens, qui me fait penser aux expérimentations que j’avais faites à Québec… À l’inverse de ce que nous voulons faire apparaître (la dérive des glaces), cette vidéo révèle la dérive des personnages face à l’immobilité des paysages glacés.

“True North, is meditative and comprises reflective images of the sublime, uses the landscape as a key location and theme. Loosely inspired by the story of the black American explorer, Matthew Henson (1866-1955) who accompanied Robert Peary and was one of the first people to reach the North Pole, later writing an account of his experience. In this fragmented narrative, Julien contemplates on ideas and histories of the hierarchical as well as in the struggling figure we find a succinct metaphor of endless traversing, symbolising the voyage of the modern that has to be experienced by others. The installation offers a fascinating new visual reading of space and time and its relation to counter histories. Here, the sublime moment of cognition of the image is presented to the mind which, in turn, can only comprehend the absolute of magnitude which itself defies conceptualisation. The installation contests binaries which are present in many notations of the expedition and of adventure that clutter the history of discovery- here reason, order and stability are replaced by irrational meanderings, symbolic gestures from shamanistic tropes and the constant seeping inertia of the ice.

> http://www.isaacjulien.com

Retour au froid, retour aux icebergs

De retour à Paris, loin de la canicule Tokyoïte, je retrouve Marie, qui s’est activée côté tests : avec l’aide de Benjamin, elle a inséré un iceberg noir dans les prises de vue de la maquette.

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De mon côté, j’ouvre un blog spécifique au projet iceberg, pour que l’on puisse toutes les deux poster nos idées, et dialoguer plus efficacement sur le sujet !

> http://incident.net/works/iceberg/

Éloge de l’ombre ?

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Une visite au village de Hida-Takayama, est toujours un moment de pur bonheur, d’anachronisme et d’exotisme. Une sorte d' »Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants », revu par Miyazaki.
Bien sur, envisagé comme témoignage architectural, le village est un exemple impressionnant d’habitations construites en concordance avec la nature. Mais pour moi, et j’en suis sûre, comme pour la majorité de visiteurs, c’est surtout de romantisme dont il est question ici. Car dans ces grandes fermes, je peux idéaliser ce que je n’ai pas connu, ce qui n’existe pas, et ce que je sais nommer sans mal : une vision fantasmée d’un art de vivre passé, à la campagne.
Les Japonais eux-mêmes reconnaissent rarement que leur vision paisible de la vie de la campagne n’est qu’un romantisme dicté par l’envie d’échapper à la vie citadine. Partagent-ils ce même sentiment ? Ou bien est-ce pire : une nostalgie passéiste, comme celle qui est décrite dans « L’éloge de l’ombre » ? Dans ce livre ambigu l’écriture oscille entre ressenti et complexe d’infériorité face à l’occident pénétrant le Japon à l’air Meiji d’une part, et moments esthétiques, magiques et descriptions éthérées d’autre part.
Peut-être.
Mais malgré moi, Hida-Takayama fonctionne pour moi, tire sur cette corde sensible qu’est ce fantasme de vie à la campagne. Peut-être est-ce le trop plein de ville, de monde, de ces derniers jours ?

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Premiers tremblements

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Me voilà de retour à Tokyo et mon voyage tire doucement à sa fin. La chaleur est toujours aussi écrasante. Hier soir, je dîne avec Aï et Fred. Quelques verres, la conversation s’attarde, je me couche tard, enfin, éteinte.
Je dors. L’air conditionné allumé, j’ai presque froid : je tire la couverture, inconsciemment.
Je dors profondément, et avec plaisir. Je dors, et l’on me secoue. La conscience me revient, j’ai dû dormir trop tard, Aï doit être en train de me réveiller. J’ouvre les yeux : personne, mais on me secoue.
Il fait noir, il fait nuit. Je ne suis pas pleinement réveillée, je m’appuie sur mon coude. Je constate cette sensation de perte d’équilibre liée à l’ébriété, mais je ne suis pas ivre. Je m’allonge, immobile quelques secondes, j’épie mon corps. Non, je ne suis pas ivre.
La terre tremble. Et moi avec. N’est-ce pas drôle qu’un tremblement de terre dicte à mon corps la réaction physique de la peur ?
Pourtant, à travers ce tremblement imposé, malgré moi, pas de crainte, mais de l’étonnement. Allongée à l’horizontale, les yeux fermés ; les deux mains à plats de chaque côté de ma tête, j’oscille. Pendant une trentaine de secondes. Puis la terre cesse de trembler et je sens encore les vibrations dans ma chair bien après. Je guette les bruits et tout est paisible. Silence dans l’appartement, dehors, j’écoute encore un moment pour savoir si ça va recommencer.
À travers le fin futon, j’écoute la terre. Les idées embuées, je me remémore les paroles de Yoshiko qui, quelques jours plus tôt m’a décrit les mouvements des tremblements de terre. D’abord horizontal, le plus dangereux puis vertical, plus déstabilisant. Plus l’horizontal dure longtemps, plus l’épicentre est loin. Je n’ai pas senti les spasmes verticaux, je devais être encore trop ensommeillée. Je m’endors. Je dors.

Julie à Fushimi-Inari

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Mon voyage à Kyoto prend fin (demain je pars pour l’île de Manabe-Jima), et j’aurai passé le plus clair de mon temps à Fushimi-Inari à produire des images pour la maquette du projet « Inarigraphie »… Je dis bien produire car c’est ce qui ressort de ce temps sans réflexion, deux appareils photos et une caméra dans mon sac, constamment l’un d’entre eux à la main, ou à jongler de l’un à l’autre, sans prendre le temps de regarder réellement.
Pourtant, la sérénité du lieu m’a parfois rattrapé et j’ai pu retrouver ce que j’avais pratiqué dans ces couloirs sans fin, lors de ma première visite, il y a 12 ans… Ce sentiment d’exploration qui sans cesse se réactive, assez proche d’une addiction. J’ai parcouru les 8 kilomètres du temple 5 fois cette semaine et je suis toujours étonnée de voir la richesse et la versatilité du lieu.

Ce qui se dégage du pèlerinage, c’est l’équilibre dans la ponctuation des déplacements : le parcours commence par des couloirs de Torii très serrés, où l’on ne distingue la forêt que très légèrement, jusqu’au moment où on débouche sur la première plate-forme où se situe le premier sanctuaire. Puis on a à nouveau le choix entre plusieurs galeries, et ainsi de suite. Durant toute la promenade, la marche est ponctuée de ces sanctuaires.
En observant un pèlerin, et en le croisant d’étape en étape, je me suis rendu compte du rythme imposé par Fushimi-Inari :
Au temps spirituel, et donc dans le lieu qui lui est dédié – le sanctuaire, c’est l’action physique qui prime (les inflexions, se laver les mains dans les fontaines, sonner les cloches, soulever les pierres prévues à cet effet).
Ce « système » est ensuite inversé lors du temps de la marche qui agit, lui, comme une action de réflexion dans l’action physique.
Les deux moments, les deux vitesses, les deux dynamiques se répondent,efficacement, sans que l’on se fatigue vraiment… Ils permettent une certaine légèreté de l’esprit et du corps.